Drépanocytose : l’hydroxycarbamide pour les nourrissons aussi

L’utilité de l’hydroxycarbamide dans la drépanocytose homozygote est formellement démontrée. Bien que son mécanisme d’action ne soit pas entièrement compris, ce médicament diminue les besoins transfusionnels, la fréquence des crises vaso-occlusives et le risque de syndrome thoracique aigu. Il faut cependant garder à l’esprit que l’hydroxycarbamide inhibe la ribonucléase synthétase et bloque ainsi la synthèse et la réparation de l’ADN. Même si l’hydroxycarbamide a montré un profil de tolérance satisfaisant sans accroissement du risque leucémogène dans la drépanocytose, son innocuité n’a pas été démontrée chez le tout-petit et son utilisation demeurait jusqu’à présent contre-indiquée avant l’âge de 2 ans.

C’est justement aux nourrissons atteints de drépanocytose homozygote ou de β-thalasso-drépanocytose et âgés de 9 à 18 mois que s’est adressée cette étude randomisée multicentrique en double aveugle menée aux Etats-Unis entre octobre 2003 et septembre 2007. L’hydroxycarbamide à 20 mg/kg/j en suspension buvable (n=96) y était comparé au placebo (n=97). L’objectif primaire était d’évaluer les fonctions spléniques et rénales. Les enfants pouvaient être inclus quelle que soit la sévérité clinique de leur maladie, à l’exception des patients transfusés dans les 2 derniers mois, de ceux au développement staturo-pondéral significativement altéré ou dont le doppler transcranien était anormal. Les nourrissons ont été suivis pendant 2 ans et 86 % d’entre eux ont terminé l’étude dans sa totalité.

En fait, aucune différence significative entre les enfants traités par hydroxycarbamide et placebo n’a été mise en évidence en ce qui concerne les fonctions spléniques et rénales. Cependant, l’analyse comparative de ces paramètres après ajustement avant et après traitement suggère un bénéfice dans le bras hydroxycarbamide. De même, une augmentation moindre des vélocités au doppler transcranien a été constatée chez les enfants traités par hydroxycarbamide. En ce qui concerne les paramètres hématologiques, les taux d’hémoglobine et d’hémoglobine fœtale étaient significativement plus élevés dans le bras hydroxycarbamide que dans le bras placebo. Ceci est lié au fait que ces paramètres sont demeurés stables sous hydroxycarbamide alors qu’ils ont décru chez les enfants traités par placebo pendant la période de l’essai. Mais c’est en termes de bénéfice clinique que l’avantage de l’hydroxycarbamide a été le plus franc, avec une réduction significative des épisodes algiques, des syndromes main-pied, des syndromes thoraciques aigus et des besoins transfusionnels.

La tolérance de l’hydroxycaramide a été excellente : aucun trouble de croissance ni du développement psychomoteur n’a été constaté. Seule une neutropénie plus fréquente, le plus souvent de grade 1 à 3 et sans infection associée a été attribuée au médicament. Enfin, aucune cassure chromosomique ou anomalie de recombinaison VDJ n’a été observée.

Cette étude encourageante ouvre la porte à l’hydroxycarbamide dans le traitement de la drépanocytose des tout-petits et devrait améliorer leur prise en charge, et, espérons-le, leur devenir. Il faudra cependant mener des études à plus long terme, tant en matière d’efficacité que d’innocuité, afin de mieux préciser quels sont les enfants susceptibles de bénéficier d’un tel traitement de manière précoce et de s’assurer de l’innocuité du médicament à long terme.

Dr Delphine Rea

Référence
Wang W et coll. : Hydroxycarbamide in very young children with sickle-cell anaemia: a multicentre, randomised, controlled trial (Baby Hug). The Lancet, 2011; 377:1663-1872.

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