Efficacité comparée du déférasirox et de la desférioxamine sur la surcharge en fer chez les patients thalassémiques

Les anémies chroniques provoquées par les hémoglobinopathies et les syndromes myélodysplasiques nécessitent un soutien transfusionnel au long cours. L’être humain étant incapable d’éliminer le fer apporté par voie intraveineuse, ce dernier s’accumule dans le foie, la rate, le myocarde, et les glandes endocrines, à l’origine de complications à long terme, sources d’une morbidité et d’une mortalité non négligeables en l’absence de chélation bien conduite. La desférioxamine (DFO) est un chélateur du fer utilisé depuis plus de 40 ans qui a largement démontré son efficacité, mais sa faible biodisponibilité et sa demi-vie courte imposent une administration prolongée quotidienne par voie parentérale. De ce fait, l’observance au traitement est mauvaise, la survie à moyen / long terme étant alors menacée chez ces patients peu compliants. La déférpirone, chélateur disponible par voie orale, semble efficace pour lutter contre la surcharge martiale intramyocardique, mais non intrahépatique et induit un risque d’agranulocytose important. Le déférasirox (DFX), qui est un nouveau chélateur oral à demi-vie longue hautement spécifique pour le fer dont le développement dans les essais cliniques est très avancé, semble désormais représenter une alternative de choix. Sa bonne tolérance a été démontrée ainsi que sa capacité à chélater le fer tissulaire en excès.

L’essai de phase II randomisé présenté ici avait pour objectif premier de comparer la sécurité et la tolérance du DFX à 10 ou 20 mg/kg/jour à celles de la DFO à 40mg/kg, 5 jours par semaine pendant 48 semaines, chez 71 adultes bêta thalassémiques souffrant de surcharge en fer post transfusionnelle. L’objectif secondaire était d’évaluer l’effet du DFX sur le bilan martial. A l’inclusion, les patients devaient avoir été traités par DFO à plus de 30mg/kg 5 jours par semaine pendant plus de 4 semaines et devaient présenter une surcharge en fer mesurée par la ferritinémie (> 2000ng/ml) ou le fer intrahépatique (LIC) évalué en SQUID (supraconducting quantum interference device) (5-15mg Fe/g poids sec). Chez les patients sous DFX, les effets secondaires les plus fréquents ont été les douleurs abdominales, les nausées, les diarrhées, souvent résolutifs en quelques jours sans diminution de dose. Dans quelques cas, une augmentation de la créatininémie a été notée sans que la norme supérieure soit dépassée.  Aucune arthropathie ni agranulocytose ne sont survenues. La mesure du LIC en SQUID a montré une diminution similaire sous DFO et sous DFX à 20mg/kg/jour, avec une perte de l’ordre de 2mg/fe/poids sec par rapport à la valeur mesurée à l’inclusion. Le DFX à la dose de 10mg/kg/jour n’a pas permis une diminution significative du LIC. La ferritinémie est restée stable chez les patients traités par DFO ou par DFX à 20mg/kg/jour, alors que chez ceux traités par DFX à 10mg/kg/jour, la ferritinémie a augmenté.

Dans cet essai, le DFX montre un profil de sécurité et de tolérance aussi favorable que celui de la DFO et à 20mg/jour, il est aussi efficace que la DFO pour diminuer la surcharge en fer intrahépatique. D’autres essais cliniques sont déjà réalisés ou toujours en cours : le DFX y est utilisé jusqu’à une dose de 30mg/kg/jour et son efficacité sur la surcharge en fer intrahépatique et intramyocardique y est analysée.

Dr Delphine Rea

Référence
Piga A et coll. : “Randomized phase II trial of deferasirox (Exjade ICL670), a once daily orally-administered iron chelator in comparison to deferoxamine in thalassemia patients with transfusional iron overload.” Haematologica. 2006; 91: 873-880.

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