La chimiothérapie adjuvante confirme son efficacité dans le cancer colorectal au stade II

Depuis le début des années 90, la chimiothérapie adjuvante a démontré son intérêt en terme de mortalité et de survie sans récidive dans le cancer colique au stade III (avec envahissement ganglionnaire). Le protocole classique associe fluorouracil et acide folinique. L’intérêt d’une telle chimiothérapie adjuvante dans les néoplasies coliques moins évoluées (stade II, donc sans envahissement ganglionnaire) ou dans les cancers du rectum est encore controversé faute d’études d’envergure suffisante.

L’étude QUASAR (pour QUick And Simple And Reliable) est l’essai le plus large publié jusqu’ici dans ce domaine. Il était destiné à évaluer l’efficacité de divers protocole de chimiothérapie adjuvante chez des patients ne présentant pas une indication déjà démontrée à ce traitement.

Il faut souligner d’emblée que les pathologies des patients inclus dans cette étude internationale (mais essentiellement britannique) n’étaient pas tout à fait homogènes (environ 92 % de cancer au stade II et 8 % au stade III ; 71 % de cancers coliques et 29 % de tumeurs rectales). De même, le protocole de chimiothérapie évalué contre la simple observation après résection chirurgicale n’était pas univoque (le fluorouracil pouvait être administré par 6 cures de 5 jours toutes les 4 semaines ou de façon hebdomadaire, associé ou non au lévamisole avant 1997, en combinaison avec des posologies élevées d’acide folinique ou de faibles doses avant 1997).

Au total, 3 239 patients (âge médian de 63 ans) ont été randomisés après une intervention apparemment curative entre une simple surveillance et une chimiothérapie adjuvante à base de fluorouracil (compte tenu de l’évolution du protocole de l’étude au fil du temps, 63 % des sujets traités ont effectivement reçu une association de fluorouracil et de faibles doses d’acide folinique). Seuls 111 sujets ont été perdus de vue.

Une diminution du risque de décès de 18 % à 5 ans

Après un suivi médian de 5,5 ans, 311 décès ont été dénombrés dans le groupe chimiothérapie et 370 dans le groupe observation soit une diminution significative du risque de 18 % (intervalle de confiance à 95 % [IC95] entre - 5 et - 30 % ; p=0,008). La diminution du taux de récidive a été encore plus importante (- 22 % ; IC95 entre - 9 et -33 % ; p=0,001). L’effet de la chimiothérapie adjuvante sur le pronostic semble se concentrer sur les deux premières années post opératoires avec une diminution du taux de récidive de 36 % (p<0,0001) durant cette période (le nombre de récidives survenant après la deuxième année étant équivalent dans les deux groupes).

Une analyse des résultats par sous groupe (avec les réserves habituelles pour ce type de traitement des données) laisse penser que la chimiothérapie adjuvante a été efficace quel que soit le protocole administré, le stade tumoral (II ou III), le siège de la lésion (colique ou rectal) ou le délai entre l’intervention et la randomisation. Seuls les patients de plus de 70 ans ont paru avoir un plus mauvais pronostic sous chimiothérapie (différence toutefois non significative).

La tolérance du traitement a été tout à fait satisfaisante avec un seul décès imputable à la chimiothérapie.

Une chimiothérapie adjuvante par fluorouracil et acide folinique peut donc être proposée à tous les patients ayant un cancer colorectal au stade II (sauf peut-être aux sujets de plus de 70 ans). Les progrès à venir sont à attendre dans deux directions :
- une sélection des patients ayant le plus haut risque de récidive en particulier sur des critères anatomopathologiques ;
- la recherche de protocoles de chimiothérapie adjuvantes plus efficaces (association à l’oxaliplatine, fluoropyrimidines orales, nouveaux agents biologiques comme le cetuximab et le bevacizumab…).

Dr Céline Dupin

Référence
QUASAR Collaborative Group : Adjuvant chemotherapy versus observation in patients with colorectal cancer : a randomised study. Lancet 2007; 370: 2020-29.

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Vos réactions (1)

  • "La chimiothérapie adjuvante confirme son efficacité dans le cancer colorectal au stade II"

    Le 17 décembre 2007

    La qualité de l'étude QUASAR est faible puisqu'elle mélange stades II et III, cancers du côlon et du rectum; la chimiothéraapie n'est pas homogène. Le moins que l'on puisse dire est qu'il urgent d'avoir une étude de qualité avant de tirer des conclusions aussi nettes. Le risque est que nombre de patients peuvent recevoir une chimiothérapie inutile voire délètere à court et long terme sans certitude quand à son intérêt.

    Dr Eric François

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