La dronèdarone augmente la mortalité dans l’insuffisance cardiaque évoluée

La morbidité et la mortalité liées à l’insuffisance cardiaque (IC) sont, on le sait de très longue date, majorées par les troubles du rythme auriculaires et surtout ventriculaires. Cette constatation a conduit à envisager divers traitements anti-arythmiques chez les sujets atteints d’IC. Seuls jusqu’ici le défibrillateur automatique implantable a démontré une baisse de la mortalité dans cette indication. Et parmi les anti-arythmiques de classe III testés, le sotalol a accru la mortalité, tandis que le dofetilide et l’amiodarone, sans l’accroître, ne l’ont pas réduite significativement.

La dronèdarone est un nouvel anti-arythmique en cours de développement dont les propriétés electrophysiologiques seraient proches de celles de l’amiodarone et qui est dénué des effets secondaires extra-cardiaques de l’amiodarone en rapport avec la présence d’iode dans la molécule.

Sur ces bases, dans le cadre d’un vaste programme d’essais thérapeutiques, un groupe multicentrique international a entrepris l’étude ANDROMEDA destinée à démontrer l’intérêt de la dronèdarone dans l’IC sévère. Six cent vingt-sept patients ayant une IC évoluée (index de cinétique pariétale inférieur à 1,2 soit l’équivalent d’une fraction d’éjection inférieure à 35 %) ont été randomisés en double aveugle entre un traitement par 400 mg de dronèdarone deux fois par jour et un placebo.

L’étude a été interrompue prématurément après une durée médiane de 2 mois seulement en raison d’une surmortalité dans le groupe traitement actif : 25 patients sont décédés sous dronédarone (8,1 %) contre 12 sous placebo (3,8 %) soit une multiplication du risque de décès par 2,13 (intervalle de confiance à 95 % entre 1,07 et 4,25 ; p=0,03). Cette surmortalité était liée principalement à une aggravation de l’IC et s’observait surtout chez les patients ayant la fonction ventriculaire la plus détériorée à l’état basal. 

La drodéranone, si elle est mise sur le marché, sera donc contre-indiquée chez les patients ayant une insuffisance cardiaque sévère. Les autres études en cours sur le produit (en s’aidant peut-être d’une méta-analyse) permettront de déterminer si le produit est sans danger dans des indications plus habituelles des anti-arythmiques, c'est-à-dire chez des patients ayant des troubles du rythme et dont la fonction ventriculaire est peu ou pas détériorée.

Dr Anastasia Roublev

Référence
Kober L et coll. : Increased mortality after dronedarone therapy for severe heart failure. N Engl J Med 2008; 358: 2678-87.

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