La supplémentation en testostérone aurait peu d’effets bénéfiques pour le sujet âgé

Le vieillissement chez l’homme se caractérise par une diminution progressive des taux sériques de testostérone, laquelle est d’ailleurs variable d’un individu à l’autre, inégalité biologique oblige… Cette baisse de l’hormone mâle s’associe à diverses manifestations cliniques et physiques : diminution de la masse et/ou de la force musculaire, baisse de la masse osseuse, déclin cognitif et augmentation  de la masse grasse abdominale. Existe-t-il des relations significatives entre cette détérioration physique et mentale, d’une part, et la carence progressive en testostérone, d’autre part? La question n’est pas sans rappeler, au moins sur le fond,  le débat et la polémique suscités par le traitement hormonal substitutif  chez la femme ménopausée. On en connaît l’issue…

Chez l’homme âgé, quelques études cliniques ont évalué les effets de la supplémentation en testostérone. Leurs résultats sont, pour le moins, divergents, du fait d’une méthodologie sinon défaillante, du moins le plus souvent critiquable.

Un essai randomisé, mené à double insu contre placebo, a inclus 237 hommes, âgés de 60 à 80 ans. L’action se déroule aux Pays-Bas, entre janvier 2004 et avril 2005.

Dans tous les cas, les taux sériques de testostérone étaient < 13,7 nmol/l. Dans le groupe traité, la testostérone (sous la forme d’undecenoate) a été administrée à la dose de 80 mg en deux prises quotidiennes, ceci pendant 6 mois. Le nombre de participants qui sont allés jusqu’au terme de l’essai s’élève à 207 (87 %).

Dans le groupe traité, la masse corporelle maigre a augmenté, alors que la  masse grasse a diminué, sans la moindre répercussion fonctionnelle, qu’il s’agisse, par exemple, de la motricité ou encore de la force musculaire. Les fonctions cognitives et la densité minérale osseuse, mesurée par absorptiométrie biphotonique, n’ont pas varié sous l’effet de la testostérone. En revanche, la sensibilité à l’insuline a augmenté, mais les taux plasmatiques de HDL-cholestérol, pour leur part, ont diminué.  A la fin de l’essai, un syndrome métabolique a été décelé chez 47,8 % des sujets traités,  versus 35,5 % dans le groupe placebo, sans que le seuil de signification statistique soit pour autant atteint. La qualité de vie (évalué par SF-36) n’a quasiment pas varié. Aucun effet indésirable n’a mis en jeu la prostate (pas d’influence sur le taux de PSA et les symptômes prostatiques).

Cet essai randomisé,  mené à double insu contre placebo, démontre que la supplémentation en testostérone chez le sujet âgé (60-80 ans), atteint d’une carence en cette hormone, n’a aucun effet significatif sur l’état fonctionnel et les fonctions cognitives. Certes, la masse maigre augmente, tandis que la masse grasse diminue, mais sans conséquence ni sur la mobilité, ni sur la force musculaire. Les effets métaboliques induits par l’hormone semblent globalement peu favorables sur le plan du risque cardiovasculaire. L’étude n’a duré que 6 mois et l’effectif inclus n’est pas énorme. D’autres études de ce type sont donc nécessaires pour en savoir plus…

Dr John Sorri

Références
Emmelot-Vonk MH et coll. : Effect of testosterone supplementation on functional mobility, cognition, and other parameters in older men. A randomized controlled trial. JAMA 2008 ; 299 : 39-52.

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