L’anastrozole en prévention primaire du cancer du sein chez les femmes ménopausées à risque ?

Les inhibiteurs de l’aromatase en traitement adjuvant du cancer du sein préviennent les récidives tumorales et le développement de nouvelles tumeurs controlatérales chez les femmes ménopausées. Qu’en est-il de leur efficacité en prévention primaire ? Pour le savoir, une étude internationale randomisée contrôlée contre placebo a été mise en route il y a une dizaine d’années avec l’anastrozole (1).

Cette étude, IBIS-II (International Breast cancer Intervention Study II), a été réalisée sur 3 864 femmes âgées de  40 à 70 ans et à haut risque de cancer. L’anastrazole a été administré à la dose de 1 mg per os, tous les jours pendant 5 ans. Près de la moitié de la cohorte (47 %) avaient pris antérieurement un traitement hormonal substitutif de la ménopause et 33 % étaient hystérectomisées.

Au terme d’un suivi moyen de 5 ans, la proportion de femmes ayant développé un cancer du sein était deux fois moins élevée dans le groupe anastrozole que dans le groupe placebo (2 % versus 4 % ; HR [Hazard Ratio] = 0,47 ; p < 0,0001). La même différence persiste après 7 ans, avec des incidences cumulatives de ce cancer respectivement, de 2,8 % et 5,6 %. Le nombre de décès dans les deux groupes était comparable (17 et 18) et aucune cause spécifique de mortalité n’a été mise en évidence dans les deux bras de l’étude. En ce qui concerne les effets secondaires liés à la privation estrogéniques, plus fréquents dans IBIS-II que dans une étude de  la molécule en situation adjuvante, les auteurs indiquent que la plupart ne sont pas attribuables au traitement.

Selon ces résultats, ainsi que ceux déjà obtenus avec l’exemestane, les inhibiteurs de l’aromatase seraient actuellement les médicaments les plus efficaces pour la prévention primaire du cancer du sein, commentent les auteurs. Comme le souligne un éditorial associé (2), les recommandations britanniques NICE 2013 préconisent de proposer un modulateur sélectif des récepteurs des estrogènes aux femmes à haut risque de cancer du sein. Mais dans cette population, la place des traitements pharmacologiques en prévention primaire « est loin d’être universelle ». L’éditorialiste note aussi qu’aucune étude de prévention pharmacologique, y compris IBIS-II, n’a encore démontré l’existence d’un bénéfice sur la mortalité.

Dr Catherine Faber

Références
(1) Cuzick J et coll. : Anastrozole for prevention of breast cancer in high-risk postmenopausal women (IBIS-II): an international, double-blind, randomised placebo-controlled trial. Lancet 2013. Publication avancée en ligne le 12 décembre 2013.
(2) Cameron DA : Breast cancer chemoprevention: little progress in practice? Lancet 2013. Publication avancée en ligne le 12 décembre 2013.

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