Les corticoïdes peuvent-ils revenir sur le devant de la scène dans la PR ?

On l’a à peu près oublié, la première indication de la cortisone dès son isolement en 1950 été la polyarthrite rhumatoïde (PR). Ce traitement entraînait des améliorations si spectaculaires, que des malades grabataires comme Raoul Dufy traversèrent l’Atlantique au printemps 1950 pour pouvoir en bénéficier.

Malgré la reconnaissance quasi-immédiate de leurs effets secondaires et l’émergence de nouvelles thérapeutiques comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens, des traitements de fond comme le méthotrexate et plus récemment des biothérapies, les corticoïdes sont encore largement prescrits dans la PR, le plus souvent à faibles doses.

Cependant dans la PR, l’un des signes les plus invalidants de la maladie, tout au moins aux stades initiaux, la raideur matinale, est mal contrôlée par de petites doses de corticoïdes. En effet si le corticoïde est pris le soir, les taux plasmatiques du médicament seront redescendus lors du pic d’interleukine 6 qui précède la raideur et si il est administré après le réveil, il n’aura pas le temps d’agir sur la recrudescence matinale des symptômes qui caractérise l’affection.

Se réveiller à deux heures du matin pour prendre son médicament !

Pour éviter cet échappement relatif une équipe a récemment montré que si de la prednisolone était administrée à 2 heures du matin, elle était plus efficace sur la raideur matinale que la même dose donnée au réveil.

Ce protocole étant inapplicable en pratique clinique, des chercheurs ont mis au point une nouvelle forme galénique, la prednisone à libération modifiée (PLM). Avec la PLM, le principe actif est libéré 4 heures après la prise lors de l’éclatement de l’enveloppe du comprimé sous l’effet de la pénétration de l’eau contenue dans le tube digestif. Ainsi avec la PLM administrée le soir tout se passe comme si de la prednisone standard était prise vers 2 heures du matin.  

Ce nouveau concept pharmacologique a été testé dans le cadre d’un essai multicentrique en double aveugle. Deux cent quatre-vingt huit patients souffrant d’une PR déjà traitée par des corticoïdes ont été randomisés entre de la PLM au coucher (22 heures en moyenne) ou de la prednisone standard entre 6 et 8 heures du matin. Dans les deux groupes, la posologie de corticoïdes était identique à celle que les patients prenaient habituellement. Les autres traitements de la PR n’étaient pas modifiés par ailleurs. Le critère de jugement principal était la durée de la raideur matinale.  

Une demi-heure de raideur en moins avec la nouvelle galénique 

Sur ce critère les résultats sont tout à fait favorables à la PLM. La durée de raideur a en effet diminué de 22,7 % en valeur relative contre 0,4 % avec la prednisone classique (p=0,045). En valeur absolue le bénéfice a été de 44 minutes par rapport à l’état basal et de 29,2 minutes par rapport à la prednisone standard.

La seule autre différence significative constatée entre les deux groupes a été une diminution du taux d’interleukine 6 dans le groupe PLM (- 28,6 %) sans réduction dans le groupe prednisone classique.

La tolérance des deux traitements a été jugée identique.

La PLM pourrait donc être un progrès intéressant  dans la PR permettant, soit d’obtenir de meilleurs résultats sur la raideur matinale que la même dose de prednisone standard, soit de pouvoir diminuer la posologie de corticoïdes sans perte d’efficacité.

De nouvelles études, que ne manquera pas de susciter ce travail prometteur, devraient déterminer si cette supériorité se maintient avec le temps et si la tolérance à long terme de ce type de galénique reste identique à celle de la prednisone standard à doses égales. 

De plus il est probable que la PLM sera testée dans d’autres pathologies au cours desquelles une recrudescence matinale des symptômes s’observe et notamment la pseudo polyarthrite rhizomélique ou la maladie de Horton.

Dr Nicolas Chabert

Références
Buttgereit F et coll. : Efficacy of modified-release versus standard prednisone to reduce duration of morning stiffness of the joints in rheumatoid arthritis (CAPRA-1) : a double-blind, randomised controlled trial. Lancet 2008 ; 371 : 205-14.

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Vos réactions (2)

  • "Les corticoïdes peuvent-ils revenir sur le devant de la scène dans la PR ? "

    Le 21 janvier 2008

    Pour les effets historiques des corticoides voir "Bigger than Life" de Ncolas Ray (Derriere le miroir), 1956.

    Dr Lionel Lepoittevin
    Angers-Chateaubriant

  • "Les corticoïdes peuvent-ils revenir sur le devant de la scène dans la PR ? "

    Le 22 janvier 2008

    L'effet des corticoïdes ne se limite pas à l'action symptomatique immédiate sur la raideur matinale; ils ont un effet "de fond" sur l'évolutivité et la detruction ostéo-articulaire; quant à la tolérance, qu'en est-il de cette nouvelle galénique sur la freination hypophysaire ?

    Dr Lucien Chouraki


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