Les indications du bévacizumab dans le cancer du sein métastatique restent à préciser

L’angiogenèse est devenue depuis quelques années une cible thérapeutique en cancérologie. L’inhibition du Vascular Endothelial Growth Factor (VEGF) est en particulier une voie prometteuse dans le traitement de nombreuses tumeurs solides au stade IV.

Le bévacizumab est un anticorps monoclonal humanisé agissant contre tous les isoformes du VEGF-A. Dans le cancer du sein métastasé résistant aux antracyclines et aux taxanes, une étude de phase 3 a montré qu’en association à la capécitabine, il accroissait le taux de réponses objectives par rapport à la capécitabine seule (19,8 % contre 9,1 % ; p=0,001), sans toutefois accroître la survie sans progression.

Pour tenter de mieux préciser les indications du bévacizumab, une équipe multicentrique américaine a entrepris un vaste essai randomisé qui a inclus 722 femmes souffrant d’un cancer du sein au stade IV. Seules des patientes n’ayant pas reçu de thérapeutique cytotoxique pour leur métastases étaient éligibles, les chimiothérapies et les hormonothérapies adjuvantes étant admises. En cas de tumeur HER2 positive les patientes pouvaient être inclues si elles avaient reçu du trastuzumab. Une métastase au niveau du système nerveux central était un critère d’exclusion. 

Les patientes ont été randomisées entre un traitement par paclitaxel seul (90 mg/m2 à J1, J8, J15 toutes les 4 semaines) ou associé à 10 mg de bévacizumab par kg à J1 et J15.

Une survie sans progression prolongée…

En terme d’efficacité, le protocole comportant l’inhibiteur du VEGF s’est révélé significativement supérieur. Le taux de réponse objective a été plus favorable sous bévacizumab (36,9 % contre 21,2 % ; p<0,001) et la survie médiane sans progression significativement plus longue (11,8 mois contre 5,9 mois ; p<0,001).

…sans allongement significatif de la survie médiane

Cependant cette efficacité anti-tumorale indéniable ne s’est pas traduite par un allongement significatif de la survie globale (médiane 26,7 mois contre 25,2 mois avec le cytolytique seul ; p=0,16). A noter toutefois que la survie à un an était un peu meilleure avec le traitement combiné (81,2 % contre 73,4 % ; p=0,01).

Cette absence de gain notable en terme de survie pourrait s’expliquer en partie par les effets secondaires du traitement combiné, les patientes du groupe bévacizumab + paclitaxel ayant eu significativement plus d’infections, de neuropathies sensitives, d’hypertension (14,5 % contre 0 %), d’ischémie cérébrale, de céphalées et de protéinurie et s’étant plaintes plus souvent de fatigue que celles du groupe paclitaxel seul. Cependant le fait que les patientes échappant à ces traitements de première ligne aient reçu des thérapeutiques de seconde intention non randomisées n’est peut être pas étranger non plus à cette absence d’effet sur la survie globale.

La place exacte du bévacizumab dans le traitement de première ligne des métastases du cancer du sein devrait être précisée par d’autres études comparant diverses associations thérapeutiques.

Le rôle de ce type de molécule anti-angiogenèse comme traitement adjuvant, c'est-à-dire avant l’apparition clinique de métastases mériterait sans doute d’être exploré.

Dr Céline Dupin

Référence
Miller K et coll. : Paclitaxel plus bevacizumab versus paclitaxel alone for metastatic breast cancer. N Engl J Med 2007 ; 357 : 2666-76.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article