Metformine contre l’obésité du nouveau-né : un essai non convaincant

Il ne fait plus de doute que l’obésité pendant la grossesse est à l’origine de complications obstétricales. Elle est aussi associée à une augmentation du poids de naissance de l’enfant et de sa masse grasse. De nombreux travaux suggèrent que l’obésité maternelle prédispose les enfants à une future obésité dont le marqueur de risque serait le poids de naissance. Les mécanismes en seraient l’insulino-résistance maternelle et l’hyperglycémie. Tous ces éléments ont conduit à l’hypothèse selon laquelle la metformine, en favorisant l’action de l’insuline, réduirait le risque de naissance d’un enfant en surpoids.

Une équipe du Royaume-Uni a voulu vérifier cette hypothèse et a réalisé un essai randomisé en double aveugle contre placebo. Les femmes enceintes entre 12 et 16 semaines d’aménorrhée, non diabétiques et dont l’indice de masse corporelle (IMC) était supérieur à 30, étaient divisées en deux groupes. Les unes  (n=226) recevaient de la metformine, les autres (n=223) un placebo. La metformine était introduite à la dose journalière de 500 mg et augmentée chaque semaine jusqu’à  la dose maximale tolérée, sans dépasser 2500 mg par jour. Les patientes étaient suivies jusqu’à leur accouchement.

Un gramme de différence !

Disons tout de suite que l’hypothèse de départ, selon laquelle la metformine permettrait de réduire le poids de naissance des enfants, ne se confirme pas. Le poids moyen des enfants de mères sous metformine est en effet de 3462 g, contre 3463 g dans le groupe placebo. La metformine n’a pas d’effet non plus sur la prévention du diabète gestationnel, ni sur la prise de poids de la mère. Le nombre d’interruptions prématurées de grossesse, de naissances d’enfants mort-nés ou de décès néonataux n’est pas non plus significativement différent entre les deux groupes.

Quelques raisons peuvent être avancées pour expliquer ce résultat que l’on pourrait juger décevant. Dans cette étude, la metformine a été initiée tardivement, à la fin du premier trimestre. Il se pourrait que l’effet soit supérieur si le traitement était initié en période pré-conceptionnelle, comme c’est le cas chez les femmes qui présentent un syndrome des ovaires polykystiques. Notons aussi que les doses les plus élevées de metformine, justement susceptibles d’avoir le plus d’impact sur le poids, ont donné lieu, du fait de leurs effets indésirables, à une mauvaise observance du traitement.
Quelles que soient les raisons du résultat défavorable de cette étude, C Chiswick et coll. estiment qu’il n’y a pas lieu pour le moment de prescrire de la metformine dans cette indication. Ils précisent toutefois que les enfants exposés in utero à la metformine seront suivis dans le temps, pour en évaluer les effets à long terme.

Dr Roseline Péluchon

Références
Chiswick C. et coll. : Effect of metformin on maternal and fetal outcomes in obese pregnant women (EMPOWaR): a randomised, double-blind, placebo-controlled trial
Lancet Diabetes Endocrinol – Publication avancée en ligne le 10 juillet 2015
(doi: 10.1016/S2213-8587(15)00219-3)

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