Noix, huile d’olive et régime méditerranéen pour prévenir le diabète

Le diabète de type 2 (DNID 2) est, à travers le monde, un problème de santé publique majeur. Sa prévalence a plus que doublé en 30 ans et il aurait atteint approximativement 347 millions de personnes en 2010.

Il est acquis qu’une modification du style de vie comportant restriction des apports énergétiques et augmentation des activités physiques, via la perte de poids induite, diminue l’incidence du DNID 2. A ce jour, on ne dispose que de peu d’éléments sur l’intérêt d’un simple changement global des habitudes alimentaires sans perte de poids associée. Des études épidémiologiques prospectives ont cependant fortement suggéré que la consommation en grande quantité de fruits, de légumes, de céréales complètes, de poissons et de féculents, couplée à une réduction des apports en viande rouge, en charcuterie et en boissons enrichies en sucre pouvait retarder efficacement la survenue d’un DNID. Le régime méditerranéen est modérément riche en graisses (35 à 40 % des apports énergétiques globaux) d’origine essentiellement végétale sous la forme d’huile d’olive et de noix. Il est assez pauvre en produits laitiers, inclut une prise modérée de boissons alcoolisées (vin) et comporte souvent des sauces à base de tomates, d’oignons, d’ail et d’épices.

Un sous groupe de l’étude PREDIMED

L’étude PREDIMED  (Prevencion con Dieta Meditérranea), publiée initialement dans le N Engl J Med en 2013, avait fait la preuve qu’un régime méditerranéen enrichi en huile végétale abaissait l’incidence de la maladie diabétique de type 2. Le travail de J Salas Salvado, publié ici, en rapporte les résultats définitifs et complets. PREDIMED avait concerné des sujets âgés, à haut risque cardiovasculaire (CV) mais sans pathologie cardiaque ou coronarienne à l’inclusion. Ils avaient été randomisés en 3 groupes dans un rapport 1: 1: 1. Un premier (n = 1 154) avait adhéré au régime méditerranéen supplémenté par 50 mL/j d’huile d’olive extra vierge (EVOO) ; un second (n= 1 147) recevait le même régime enrichi de 30 gr/j de noix, en fait 15 gr de noix, 7,5 gr d’amandes et 7,5 gr de noisettes et un dernier (n = 1 240) servait de témoin, avec un régime standard et de simples recommandations diététiques visant à réduire les graisses alimentaires. Aucune restriction des apports énergétiques ni d’augmentation des activités physiques n’était requise. Les participants étaient âgés de 55 à 80 ans pour les hommes et de 60 à 80 pour les femmes. Lors de l’inclusion, ils étaient porteurs, soit déjà d’un DNID, soit d’au moins 3 des facteurs de risque suivants : tabagisme, hypertension artérielle, hypercholestérolémie avec baisse du cholestérol HDL, surpoids ou obésité, antécédents familiaux CV. La randomisation a été effectuée entre Octobre 2003 et Juillet 2009, en fonction du sexe et de l’âge des participants. La glycémie à jeun et un échantillon d’urines étaient prélevés à l’entrée, puis au bout de 1, 3, 5 et 7 ans. Outre le suivi médical clinique, electrocardiographique et biochimique usuel, l’hydroxytyrosol urinaire et l’acide alpha linoléique plasmatique qui constituent de bons marqueurs de la consommation d’EVOO ou de noix ont été dosés régulièrement. Les critères de l’apparition d’un diabète retenus étaient ceux de l’American Diabetes Association, à savoir une glycémie à jeun égale ou supérieure à 7,0 mmol/L ou une glycémie égale ou supérieure à 11,1 mmol/L 2 heures après charge orale de 75 gr de glucose, avec confirmation des premiers résultats 3 mois plus tard. L’analyse d’un sous groupe de la cohorte PREDIMED, englobant les seuls sujets initialement indemnes de diabète est rapportée dans cette publication ; 2 modèles de co variables étant utilisés : l’un incluant le sexe, l'âge et l’indice de masse corporelle, l’autre associant divers facteurs de risque, l’apport énergétique, l’adhérence au protocole, les niveaux d’activité physique et d’éducation, enfin la consommation d’alcool.

Baisse significative de l’incidence du diabète avec l’huile d’olive en plus!

Sur les 7 447 participants de la cohorte PREDIMED, 3 853 étaient, au départ, non diabétiques ; 3 541 d’entre eux ont pu être suivis à long terme et ont servi de base au travail rapporté ici. Leur suivi moyen a été de 4,1 ans (IQR : 2,5 - 5,7 ans). L’adhésion a été, dans les 2 groupes intervention très satisfaisante, contrairement à celle du groupe témoin et n’a cessé de croître durant l’essai. Aucune différence notable n’existait, au départ, entre les 3 groupes en ce qui concerne le poids corporel, la circonférence abdominale ou l’activité physique, non plus que la prise de médicaments susceptibles de perturber la glycorégulation (corticoïdes, œstrogènes ou anti hypertenseurs par exemple). Entre le 1er Octobre 2003 et le 1er Décembre 2010, 273 DNID de novo ont été diagnostiqués: 80 sur 1 154 dans le groupe régime méditerranéen supplémenté en EVOO (6,9 %), 92 sur 1 240 dans le groupe avec noix (7,4 %) vs 101 sur 1 147 (8,8 %) dans le groupe contrôle. Les taux respectifs de diabète étaient donc de 16,0, 18,7 et 23,6 cas pour 1 000 personnes- années. En analyse brute non ajustée, le risque relatif (RR) de DNID était donc réduit de façon significative dans le 1er groupe, à 0,69 (intervalle de confiance à 95 % [IC] : 0,51- 0,92) et il était de 0,81 (IC : 0,61- 1,08) dans celui avec apport de noix, comparativement au groupe témoin. Après ajustement de multiples variables, les RR étaient respectivement de 0,6 (IC : 0,43- 0,85) et de 0,82 (IC : 0,60- 1,10). Ainsi, globalement, le régime méditerranéen amène à une diminution du risque de DNID de près de 30 % (Hazard Ratio : 0,7 ; IC : 0,54- 0,92), ceci quelques soient les co variables prises en compte : sexe, âge, co morbidités , tabagisme, surpoids ou antécédents pathologiques CV familiaux.

Ce travail démontre donc que le suivi d’un régime méditerranéen enrichi en EVOO réduit l’incidence du DNID chez des sujets âgés, à haut risque CV, sans forcément en parallèle nécessité de restreindre leurs apports énergétiques ni d’augmenter leur activité physique, donc sans variation pondérale notable. À 4,1 ans de suivi en moyenne, la réduction du risque était notable et significative, de l’ordre de 40 %. Point à noter, l’adhérence à ce type de régime a été très satisfaisante et a même augmenté durant l’essai. La présence dans nombre de légumes, de fruits et de graines de polyphénols et d’autres composés phytocliniques, connus pour combattre le stress oxydatif, l’inflammation ou l’insulinorésistance explique très probablement l’effet bénéfique constaté avec ce régime.

Les conclusions de cet essai rejoignent celles d’études épidémiologiques et d’une méta analyse antérieures. Il importe toutefois d’en signaler quelques limitations. En premier lieu, il s’agit d’une analyse d’un sous groupe de l’étude PREDIMED originelle qui, dans un premier temps, n’avait pas comporté de stratification en fonction de la présence ou non d’un diabète chez ses participants. Elle n'a porté que sur des sujets âgés, blancs, à haut risque CV et ne saurait donc être généralisée à d’autres types de population. Il faut aussi rappeler le nombre considérable de sorties du protocole dans le groupe témoin (120 versus, respectivement 80 et 94 dans les groupes intervention). Des erreurs ont pu être commises concernant l’activité physique ou la prise d’alcool rapportées. A l’inverse, les points forts de ce travail tiennent à la randomisation centralisée, à un suivi de plusieurs années, à la prise en compte de nombreuses co variables et à la réalisation de plusieurs analyses de sensibilité.

Au total, l’essai PREDIMED confirme, avec un haut niveau de preuve, que le régime méditerranéen complémenté en EVOO, sans restriction associée des apports énergétiques ni accroissement de l’activité musculaire, réduit considérablement le risque de DNID chez des sujets âgés à haut risque CV. Fait notable, ce régime, enrichi en graisses mono-insaturées et en poly phénols, est facilement accepté en pratique quotidienne, donc susceptible d’être maintenu à long terme.

Dr Pierre Margent

Référence
Salas-Salvado J et coll. : Prevention of Diabetes with Mediterranean Diets. Ann Intern Med., 2014, 160: 1- 10.

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