Pneumopathies post-opératoires : ne tirez pas sur les anti-acides

Les pneumopathies post-opératoires sont l’une des complications les plus fréquentes de la chirurgie. Leur incidence, entre 2 % et 20 %, varie  selon l’âge des patients, la durée de l’intervention et le type de chirurgie pratiquée. La survenue d’une pneumopathie prolonge les séjours hospitaliers d’environ 8 jours et se caractérise par un taux de mortalité élevé, aux alentours de 10 %.
Les traitements anti-acides ont été suspectés d’être à l’origine d’une augmentation du risque de pneumopathie, mais les différents travaux publiés sur le sujet offrent des résultats contradictoires. Une équipe canadienne a publié récemment une nouvelle étude rétrospective, à partir des données de plusieurs services de chirurgie, réunissant au total près de 600 000 patients de plus de 65 ans, dont 21 % prenaient un traitement anti-acide (le plus souvent oméprazole ou ranitidine), débuté plusieurs années avant l’intervention dans 74 % des cas.

Parmi ces patients, 6 389 ont présenté une pneumopathie post-chirurgicale, avec un taux d’incidence supérieur de près de 30 % chez les patients prenant un anti-acide (13 ‰ vs 10 ‰)  (OR 1,30, IC  95 %, 1,23 - 1,38). Mais après ajustement sur les caractéristiques des patients et sur le risque chirurgical (notamment âge, sexe, type de chirurgie, durée de l’anesthésie, présence d’une pathologie broncho-pulmonaire chronique ou hypoalbuminémie) les auteurs ne retrouvent plus aucune corrélation entre la prise d’anti-acides et l’augmentation du risque de pneumopathie post-opératoire, quelle que soit la classe thérapeutique utilisée ou la dose prescrite.
D’autres facteurs sont par contre associés à une augmentation du risque. Et notamment le type de chirurgie, avec le risque maximum après la chirurgie thoracique, et la durée de l’intervention, chaque 2 minutes supplémentaires d’intervention augmentant le risque de 1 %.

Selon les auteurs, la colonisation bactérienne gastrique secondaire à l’usage des anti-acides serait un fait expérimental intéressant, mais aurait très peu d’implications cliniques dans ce domaine des pneumopathies post-opératoires et ils considèrent que la mise en cause de ces traitements est injustifiée. La prévention des pneumopathies post-opératoires passerait plutôt par l’arrêt du tabac, une bonne nutrition, la réduction des psychotropes, le retrait rapide des sondes naso-gastriques et toutes les mesures classiques destinées à protéger le tractus respiratoire.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Redelmeier DA et coll.: Postoperative pneumonia in elderly patients receiving acid suppressants: a retrospective cohort analysis.BMJ 2010;340:c2608http://www.bmj.com/cgi/reprint/340/jun21_1/c2608

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