Prescrira-t-on des anticorps monoclonaux dans l’arthrose ?

Il y a quelques années, l’immense majorité des praticiens auraient répondu par une négative amusée à cette interrogation, allant même jusqu’à envisager que leur interlocuteur, maniant mal l’anglais, avait simplement confondu arthrose et arthrite. En 2010, la question se pose cependant sérieusement, si l’on en croit les résultats d’une étude publiée par le New England Journal of Medicine.

Le raisonnement ayant conduit à tester des anticorps monoclonaux dans l’arthrose est relativement simple. La douleur au cours de cette maladie dégénérative ubiquitaire est en partie régulée par le Nerve Growth Factor (NGF) qui agit sur les fibres nociceptives afférentes de petit diamètre. Ainsi, chez l’homme comme chez l’animal, les taux de NGF s’élèvent lors d’une inflammation tandis que l’inhibition pharmacologique du NGF conduit à une diminution ou à une suppression de la douleur.

Deux injections intraveineuse d’un anticorps monoclonal anti NGF

Sur ces bases, des équipes de chercheurs ont mis au point par recombinaison génétique un anticorps monoclonal humanisé IgG2 bloquant la liaison entre le NGF et ses récepteurs, le tanezumab. 

Une étude préliminaire ayant montré qu’une seule injection de tanezumab réduisait de façon notable la douleur chez des sujets atteints d’arthrose du genou, un vaste essai multicentrique a été initié aux Etats-Unis. Quatre-cent-cinquante patients ayant une arthrose du genou douloureuse ont été inclus (1). Seuls les sujets pour qui les traitements non opiacés étaient contre-indiqués ou insuffisamment efficaces ou qui devaient bénéficier d’une prise en charge invasive (injections intra-articulaires ou intervention chirurgicale) ont été recrutés. Ces malades ont été randomisés entre 6 groupes assignés à un placebo ou à 5 doses croissantes de tanezumab administrées à J1 et J56.

Les critères principaux de jugement étaient l’évolution de la douleur à la marche sur terrain plat et l’appréciation globale du patient de la première à la 16ème semaine.

Une diminution significative de la douleur…

Sur ces critères, le tanezumab s’est révélé efficace avec une réduction de la douleur à la marche de 45 à 62 % selon la dose contre 22 % avec le placebo (p<0,001) et une amélioration de l’appréciation globale du patient de 29 à 47 % selon la posologie contre 19 % dans le groupe placebo (p<0,001). Parallèlement à cet effet antalgique, l’amélioration fonctionnelle (évaluée par divers indice) s’est révélée significativement supérieure sous traitement actif que sous placebo.

…mais des effets secondaires fréquents

La tolérance de ce traitement expérimental était bien sûr un élément très attendu. Si globalement les taux d’effets secondaires ont été proches sous placebo (55 %) et sous traitement actif (68 %), 6 % des patients sous tanezumab contre aucun sous placebo ont dû interrompre le traitement en raison d’effets secondaires. Les événements indésirables les plus fréquents étaient des céphalées (9 %), des paresthésies (7 %), des infections respiratoires (7 %). Chez 2 % des patients sous produit actif les effets secondaires ont été jugés sérieux contre 1 % sous placebo.

Une interruption des essais cliniques dans l’arthrose

Au total, à moyen terme, le tanezumab par voie intra-veineuse s’est révélé efficace sur les signes fonctionnels d’arthrose ce qui confirme le rôle important du NGF dans la douleur arthrosique et plus généralement dans les algies. Cependant, certains effets secondaires neurologiques observés dans cette étude, même s’ils ont été en règle transitoires, imposent de mieux connaître le profil de tolérance de cette molécule avant d’envisager sa prescription en clinique humaine.

De plus depuis la fin de cette étude, des cas de destructions articulaires accélérées avec apparition de zones de nécrose osseuse ont été signalés à la Food and Drug Administration américaine. Ceci a conduit cet organisme de régulation et de contrôle à interrompre les programmes de recherche clinique sur cette molécule en attendant d’en savoir plus sur la fréquence de ces événements et sur leurs liens possibles avec la prescription de tanezumab. Même s’il est trop tôt pour se prononcer sur la physiopathologie de cet effet secondaire potentiel, on ne peut exclure que la suppression du signal d’alarme que constitue la douleur puisse conduire à une accélération de la destruction articulaire en raison d’une utilisation non contrôlée par les algies de l’articulation malade (2). 

Sans évoquer les questions économiques que pourraient poser l’utilisation de telles molécules issues du génie génétique dans une affection aussi fréquente, la prescription d’anticorps monoclonaux dans l’arthrose ne semble donc pas être pour demain.

Dr Nicolas Chabert

Références
1) Lane N et coll. : Tanezumab for the treatment of pain from osteoarthritis of the knee. N Engl J Med 2010; 363: 1521-31.
2) Wood J. Nerve growth factor and pain. N Engl J Med 2010; 363: 1572-73.

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Vos réactions (1)

  • Il y a des nerfs et des douleurs utiles...

    Le 18 octobre 2010

    Certes, la suppression de la douleur est la demande première du patient.
    Mais pour le médecin il est évidemment prévisible que cela va entraîner une sur-utilisation articulaire, et à long terme accélérer la destruction mécanique.
    Et puis les nerfs ne servent pas qu'à transmettre la douleur : étonnons-nous du peu d'effets secondaires relevés.
    Un "médicament" qui ne guérit rien...

    Jean-Marie Malby

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