Remplacer le tamoxifène par un inhibiteur de l'aromatase dans le traitement adjuvant du cancer du sein améliore les résultats !

Pendant de très nombreuses années, le tamoxifène a été considéré comme le traitement adjuvant standard du cancer du sein à récepteurs d'œstrogènes positifs. En effet, il a été démontré que le traitement par le tamoxifène pendant 5 ans après une chirurgie ablative du sein réduisait le risque de récidive annuel du cancer et sa mortalité directe de 41 % et 34 %, respectivement. De plus, le bénéfice thérapeutique se poursuivait pendant 5 ans après l'arrêt du traitement.

L'aromatase étant l'enzyme clé de la biosynthèse de l'œstrogène, les inhibiteurs de l'aromatase ont donc été utilisés dans cette indication pendant les 3 dernières décennies. Parmi ces derniers, les inhibiteurs de 3ème génération, comme l'anastrozole, le letrozole ou l'exemestane, se sont montrés efficaces chez les patientes ménopausées porteuses de cancers du sein avancés et résistants au tamoxifène. Dans le traitement adjuvant, de grands essais cliniques ont montré de meilleurs résultats avec les inhibiteurs de l'aromatase par rapport au tamoxifène en termes de survie sans récidives, ainsi qu'une réduction des effets secondaires les plus connus associés au tamoxifène, même si leur tolérance osseuse et cardiovasculaire ont été mises à l'index.

L'intergroupe Exemestane a conduit un essai randomisé chez 4 727 patientes ménopausées, opérées d'un cancer du sein unilatéral, invasif et à récepteurs d'œstrogènes positifs ou indéterminés pour évaluer l'efficacité d'un « switch » vers l'exemestane après 2 à 3 ans de traitement par le tamoxifène. Aucune malade n'avait eu de récidives sous tamoxifène après 2 à 3 ans de surveillance. Elles ont été randomisées dans l'un des deux groupes suivants : switch vers l'exemestane (n = 2 352) ou poursuite du tamoxifène (n = 2 372) pour une durée totale de 5 ans de traitement adjuvant. L'efficacité a été évaluée en intension de traiter par rapport à la durée de suivi sans récidive (critère principal) et à la mortalité globale (critère secondaire).

Après un suivi médian de 55,7 mois (0-89,7 mois), 809 cas de récidives ont été observés : 357 dans le groupe exemestane et 455 dans celui du tamoxifène ; le RR non ajusté était de 0,76 (IC à 95 % : 0,66 – 0,88 ; p = 0,0001). Pendant cette même période, 222 décès ont eu lieu dans le groupe exemestane contre 261 dans le groupe tamoxifène ; RR non ajusté à 0,76 (IC à 95 % : 0,71 – 1,02 ; p = 0,08) et à 0,83 (IC à 95 % : 0,69 – 1,0 ; p = 0,05) lorsque 122 patientes à récepteurs d'œstrogènes négatifs ont été exclues de l'analyse. Les effets secondaires musculo-squelettiques ont été plus nombreux dans le groupe exemestane par rapport au groupe tamoxifène, similaires à ceux trouvés dans d'autres essais évaluant d'autres inhibiteurs d'aromatase.

Les auteurs concluent que le switch vers l'exemestane après 2 ou 3 ans de tamoxifène améliore le taux de non récidives de cancers du sein, qui se traduit par une réduction modeste de la mortalité, et que les effets se poursuivent plusieurs années après l'arrêt du traitement.

Dr Khodor Chatila

Référence
Coombes RC et coll. : "Survival and safety of exemestane versus tamoxifen after 2–3 years’ tamoxifen treatment (Intergroup Exemestane Study): a randomised controlled trial." Lancet 2007; 369 : 559–70.

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Vos réactions (1)

  • "Remplacer le tamoxifène par un inhibiteur de l'aromatase dans le traitement adjuvant du cancer du sein améliore les résultat"

    Le 26 février 2007

    Avec le dépistage systématique du cancer du sein, il s'avèrera peut-être exact que l'on traite un nombre certains de cancers du sein qui n'auraient pas fait parler d'eux.
    Et donc sont depuis quelques années mises sous anti-aromatase ces patientes qui en conséquence n'ont pas de récidive puisque de toute façon leur cancer n'aurait pas évolué...
    On en reparlera dans quelques années, je pense.
    Ce qui est certain , c'est que ces traitements sont intéressants pour les laboratoires, ce qui n'est pas vraiment anormal non plus. Mais c'est à nous médecins et nous patients, avec le maximum d'information, de faire un choix.
    Dr Monique Mondou-Pitié

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