Sélégiline : 7 ans de réflexion

La sélégiline est un médicament antiparkinsonien qui a défrayé la chronique médicale dans les années 85-90. Un premier essai avait en effet démontré que son utilisation retardait la mise en route d'un traitement par L-DOPA ce qui pouvait suggérer des propriétés neuroprotectrices. Ce résultat avait été très discuté par de nombreux experts car cette molécule pouvait aussi avoir un effet dopaminergique expliquant ainsi que la nécessité d'un traitement dopaminergique, critère principal de l'étude, soit retardée. Quelques années plus tard, une étude avait rapporté une augmentation de la mortalité sous ce traitement ce qui avait considérablement limité son usage. D'autres études ultérieures n'ont pourtant pas confirmé cette surmortalité.

Une nouvelle forme galénique a été proposée il y a quelques années pour améliorer sa biodisponibilité et le produit peut être utilisé en appoint de la L-DOPA chez les patients fluctuants ou à un stade précoce de la maladie. Cependant, son usage reste confidentiel.

Une étude publiée dans Neurology, qui est en faveur de sa prescription précoce dans la maladie, pourrait bien relancer la sélégiline, les parkinsonologues étant, depuis plus d'une décennie, à la recherche sans succès d'une molécule neuroprotectrice agissant sur l'histoire naturelle de la maladie. Une équipe suédoise a analysé le suivi à 7 ans d'un essai thérapeutique qui avait été configuré pour évaluer un possible effet protecteur de la sélégiline. Cent cinquante-sept patients avec un Parkinson débutant avaient été randomisés : 81 patients étaient traités par sélégiline, 76 par un placebo. Le critère principal d'efficacité correspondait au délai d'initiation de la L-DOPA. Le premier résultat publié montrait que les patients sous sélégiline avaient une initiation plus tardive d'un traitement par L-DOPA. Ensuite pendant 8 semaines, les malades étaient sevrés en médicament et en placebo avec une évaluation clinique qui avait pour objectif de déterminer si le bénéfice observé était lié uniquement à un effet symptomatique ou à un effet sur la maladie. Au cours de la troisième phase de l'étude, le traitement dopaminergique a été introduit avec de la sélégiline ou un placebo chez 140 patients. Ce sont les résultats de cette phase qui, après 7 ans de suivi, viennent d'être publiés. Les patients sous sélégiline ont un score global UPDRS (Unified Parkinson's Disease Rating Scale) meilleur en moyenne de 10 points et les différences sont significatives pour le score moteur et les activités de la vie quotidienne. La dose moyenne de L-DOPA utilisée a été plus élevée de 19 % dans le groupe placebo. La sélégiline a semblé retarder l'apparition des fluctuations (tendance positive qui n'atteint pas le signe de significativité). Il n'existe pas de différence de tolérance entre les 2 groupes.

Les résultats de cette étude peuvent être critiqués car seulement 20 patients sont arrivés au terme du protocole dans le groupe sélégiline et 27 dans le groupe placebo. Mais il est très difficile d'effectuer des essais thérapeutiques pendant une aussi longue période. En l'absence de produit de référence, cette étude peut cependant relancer l'intérêt des neurologues pour la sélégiline à la phase précoce de la maladie.

Dr Christian Geny


Palhagen S et coll. : "Selegiline slows the progression of the
symptoms of Parkinson disease". Neurology en ligne avant publication le 15 mars 2006.
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