TOM …pouce !

TOM est l’acronyme qu’a choisi une équipe d’endocrinologues du Massachusetts pour aider à la mémorisation de leur essai Testosterone in Older Men with Mobility Limitations. L’objectif de cette étude était de déterminer si, chez des hommes âgés, ayant des taux de testostérone bas et une mobilité réduite, une supplémentation en hormone mâle était efficace sur les performances physiques et était bien tolérée. Des travaux antérieurs conduits chez des hommes âgés « sains » ayant des taux bas de testostérone ont en effet démontré qu’une supplémentation hormonale accroît la masse et la force musculaire. 

Des sujets âgés à mobilité réduite

Deux cent neuf hommes de plus de 65 ans, non institutionnalisés, ayant des taux sériques de testostérone compris entre 100 et 350 ng/dl ou de testostérone libre inférieure à 50 pg/ml, et handicapés par une mobilité réduite ont été randomisés en double aveugle entre un traitement par gel de testostérone et un gel placebo durant 6 mois. La dose prescrite était de 10 g de gel à 1 % (100 mg de testostérone) par jour et était ajustée en fonction des taux sériques obtenus. Ces patients de 74 ans en moyenne
et à mobilité réduite (par exemple difficulté à monter 10 marches) souffraient de nombreuses co-morbidités (obésité dans un cas sur 2, hypertension pour plus de 80 % d’entre eux, diabète dans une observation sur 4, hyperlipémie…).

En terme d’efficacité, la supplémentation en testostérone a eu certains des effets favorables attendus avec par exemple une augmentation significative de la force musculaire améliorant notamment la capacité à monter des escaliers avec une charge.

Une augmentation de la fréquence des accidents cardiovasculaires

Mais le fait le plus notable a été une très mauvaise tolérance du traitement avec un nombre significativement plus élevé d’effets secondaires dans le groupe testostérone. Ces effets secondaires (cardiaques, respiratoires, cutanés ou sous cutanés) étaient parfois graves avec notamment 23 cas d’événements cardiovasculaires sur les 106 hommes du groupe traitement actif contre 5 sur les 103 du groupe placebo (p<0,001). Parmi ces événements on notait par exemple dans le groupe traité, 3 syndromes coronariens aigus prouvés, un décès avec suspicion d’infarctus du myocarde, une décompensation d’insuffisance cardiaque, un accident vasculaire cérébral et 2 syncopes. Cette majoration significative du risque cardiovasculaire a été constatée durant les 24 semaines de l’étude et n’a pas paru influencée par le niveau de risque antérieur. En revanche, elle a semblé positivement corrélée aux taux de testostérone obtenus sous traitement.

L’importance de ces effets secondaires a conduit à interrompre prématurément l’étude.

La prudence est de mise

En toute rigueur scientifique on ne peut conclure formellement à une relation de cause à effet entre le traitement reçu et ces événements défavorables très variés. Ceux-ci ne répondent pas en effet à une physiopathologie univoque et n’avaient été inclus a priori dans aucun des critères de jugement principaux ou secondaires de l’étude. Cependant ces résultats invitent à la plus extrême réserve quant à une éventuelle prescription de testostérone à ce type de sujets à haut risque cardiovasculaire. Même s’ils ne peuvent être extrapolés à d’autres circonstances, à des sujets plus jeunes et en bonne santé apparente, ils devraient inciter à mieux évaluer les risques de ce type de traitement substitutif. Il serait par ailleurs intéressant de tenter de déterminer par quels mécanismes, un traitement par la testostérone peut accroître le risque vasculaire aussi rapidement (actions sur l’agrégation plaquettaire, le muscle cardiaque lui-même, la rétention hydrosodée, l’inflammation ?).

Quoi qu’il en soit, TOM démontre une fois de plus qu’en médecine les idées les plus logiques en apparence ne conduisent pas toujours au succès.

Dr Céline Dupin

Référence
Basaria S et coll. : Adverse events associated with testosterone administration. N Engl J Med 2010 ; publication avancée en ligne le 30 juin 2010 (10.1056/NEJMoa1000485).

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