Un analogue de la thalidomide efficace dans le traitement des syndromes myélodysplasiques

Les syndromes myélodysplasiques forment un groupe hétérogène qui inclut certains désordres idiopathiques, mais aussi des formes cliniques iatrogènes, liées, par exemple, à l'exposition aux agents alkylants ou encore aux radiations, voire aux deux traitements. Les formes idiopathiques surviennent volontiers chez le sujet âgé, leur incidence annuelle après 60 ans étant comprise entre 20 et 50 pour 100 000.

Selon les dogmes en vigueur, les syndromes myélodysplasiques qui correspondent à des désordres du clonage des cellules hématopoïétiques souches ont une tendance fâcheuse à évoluer vers la leucémie myéloïde aiguë. La situation n'est pas cependant aussi claire que les dogmes le laissent entendre et il subsiste bien des incertitudes sur la réalité de la prolifération clonale des cellules totipotentes dans l'évolution de ces syndromes. Ce qui caractérise le mieux ces cellules sur le plan biologique est en fait une défaillance de leur capacité à se régénérer et à se différencier. Il peut en résulter une inefficacité de l'hématopoïèse et l'émergence secondaire de clones. Le déficit de l'érythropoïèse, pour sa part, aboutit à une anémie dont le traitement est difficile. Un espoir thérapeutique semble être représenté par un analogue de la thalidomide, en l'occurrence le lenalidomide, qui a été développé pour traiter le myélome chronique.

L'efficacité et la tolérance de ce médicament ont été évaluées chez 43 malades atteints d'une anémie symptomatique ou transfusion-dépendante qui évoluait dans le cadre d'un syndrome myélodysplasique. Dans tous les cas, la réponse à l'érythropoïétine recombinante était nulle ou improbable, du fait des taux plasmatiques élevés de celle-ci.

Le lenalidomide a été administré aux doses initiales de 25 ou 10 mg/jour, puis de 10 mg/jour pendant 21 jours sur 28, lors de chaque cycle thérapeutique. La réponse a été évaluée au bout de 16 semaines.
La survenue d'une neutropénie (65 %) ou d'une thrombopénie (74 %) a nécessité l'interruption du traitement ou la réduction de la posologie chez 25 malades (58 %). Les autres événements indésirables ont été légers et peu fréquents.

Chez 24 malades (58 %), une réponse hématologique significative a été obtenue qui, dans 20 cas, s'est avérée assez soutenue pour mettre un terme aux transfusions. Dans un autre cas, les taux plasmatiques d'hémoglobine ont augmenté d'au moins 2 g/dl et, chez 3 malades, les besoins en transfusions ont diminué de plus de 50 %. La fréquence des réponses s'est avérée particulièrement élevée en cas de délétion clonale interstitielle impliquant le chromosome 5q31.1 (83 % versus 57 % en cas de caryotype normal et 12 % dans le cas des autres anomalies du caryotype ; p=0,007).

Sur les 20 malades porteurs de telles anomalies, 11 ont présenté une réduction d'au moins 50 % de la proportion de cellules anormales en métaphase et, dans 10 cas (50 %), une rémission cytogénétique complète a été observée. Au terme d'un suivi de 81 semaines (valeur médiane), les taux médians d'hémoglobine étaient de 13,2 g/dl (11,5 à 15,8).

Le lenalidomide représente un espoir certain pour les malades atteints d'un syndrome myélodysplasique à faible risque, compliqué d'une anémie qui ne réagit pas à l'érythropoïétine ou au traitement conventionnel. Dans ce cas, le médicament permet d'améliorer significativement cette anémie, au prix d'effets indésirables qui restent tolérables en termes de gravité et de fréquence.

Dr Peter Stratford


List A et coll. : « Efficacy of lenalidomide in myelodysplasic syndromes." N Engl J Med 2005; 352: 549-557. © Copyright 2005 http://www.jim.fr

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