Un piégeur de radicaux libres en échec à la phase aiguë de l’accident vasculaire cérébral

Les échecs des stratégies thérapeutiques prometteuses sur le plan conceptuel doivent être rapportés, tout autant que leurs victoires. C’est la meilleure façon de mettre un terme aux polémiques nombreuses qui caractérisent la pratique médicale. A cet égard, la phase aiguë de l’accident vasculaire cérébral (AVC) est un champ d’investigation thérapeutique majeur depuis que le médicament est devenu l’une des principales armes de la médecine. Force est de reconnaître que les échecs dans ce domaine sont monnaie courante. Chez l’animal, les tissus cérébraux peuvent être protégés par de nombreux agents qui atténuent les lésions neuronales induites par l’ischémie. Les substances chimiques capables de piéger les radicaux libres ont été largement testées dans divers modèles d’AVC, car d’un point de vue conceptuel, cette approche était fort séduisante. D’ailleurs, les résultats obtenus chez l’animal étaient fort encourageants, puisqu’une molécule comme le NXY-059 réduisait la taille de l’infarctus cérébral, tout en améliorant son pronostic fonctionnel. Un essai randomisé de grande envergure, mené contre placebo, suggérait aussi que le NXY-059 était un espoir réel à la phase aiguë de l’AVC. L’analyse post-hoc des données était particulièrement favorable.

Mais en recherche clinique comme dans les autres domaines de la recherche, une seule étude est rarement suffisante pour conclure à un progrès thérapeutique majeur. Les résultats de l’essai randomisé SAINT I (Stroke-Acute Ischemic NXY Treatment I) en témoignent.

Dans cette étude de grande envergure, menée à double insu contre placebo, 3 306 patients victimes d’un AVC datant de moins de 6 heures ont été inclus. Dans le groupe traité, une perfusion de NXY-059 a été administrée durant 72 heures.

L’analyse d’efficacité a finalement porté sur 3 195 sujets. La mortalité a été comparable dans les 2 groupes. Il en a été de même pour le handicap évalué au moyen d’échelles adéquates. En cas de traitement par l’altéplase, le NXY-059 n’a été d’aucun bénéfice, la fréquence des hémorragies cérébrales symptomatiques ou asymptomatiques étant identique dans les 2 groupes.

Malgré des résultats initialement prometteurs, le NXY-059 ne semble pas tenir ses promesses à la phase aiguë de l’AVC. La neuroprotection dans ces conditions cliniques particulières ne semble par reposer sur un agent capable de piéger les radicaux libres.

Dr Peter Stretford

Référence
Shuaib A et coll. : “NXY-059 for the treatment of acute ischemic stroke.” N Engl J Med 2007; 357: 562-571.

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