Un premier traitement spécifique du syndrome du côlon irritable

Le syndrome du côlon irritable (SCI), qui touche 20 % de la population occidentale selon l’Agence européenne de médicine (EMA), est un trouble intestinal chronique caractérisé par des douleurs abdominales, accompagnées de constipation, diarrhée, ou une alternance des deux, des flatulences, une sensation de ballonnement, qui entraîne souvent une diminution de la qualité de vie.

Le comité des médicaments à usage humain de l’EMA a recommandé le 20 septembre l’autorisation dans l'Union européenne (UE) d’un premier médicament, le linaclotide, spécifiquement destiné au traitement symptomatique du SCI chez l’adulte souffrant de SCI modéré à sévère avec constipation. Le linaclotide est un peptide synthétique de 14 acides aminés très peu absorbé, qui active la guanylate cyclase C de la surface luminale de l’intestin et résulte au final en une accélération du transit.

En 2011, le New England Journal of Medicine rapportait les résultats de 2 essais cliniques du linaclotide dans le traitement de la constipation chronique (1). Aux doses de 145 et 290 µg/jour en prise orale il augmente la fréquence des selles et soulage les malades. Les données de deux vastes essais de phase 3 dans le SCI viennent d’être publiées. Multicentriques, contrôlés contre placebo, réalisés en double aveugle, ils évaluent une dose quotidienne de 290 µg de linaclotide, administrée dans un cas sur une période de 12 semaines suivie de 4 semaines d’arrêt (2), et dans l’autre pendant 26 semaines (3). Ils ont inclus respectivement 800 et 804 patients SCI dont les principaux symptômes étaient la constipation et des douleurs abdominales.

Plusieurs critères primaires sont définis, dont celui désigné par la FDA (un répondeur est défini par une amélioration ≥ 30% de la moyenne des pire scores quotidiens de douleur abdominale et une augmentation ≥ 1 la même semaine du nombre des défécations spontanées et complètes [CSBM] survenues pendant au moins la moitié des semaines).

Un tiers de patients répondeurs

Dans le premier essai 33,6 % des patients sous linaclotide parviennent à remplir le critère de la FDA contre 21 % dans le groupe placebo (p<0,0001 ; séparément, réduction de la douleur abdominale ≥ 30 % sur au moins 6 semaines sur 12 : 50,1 % vs 37,5 %, p = 0,0003 ; augmentation ≥ 1 des CSBM : 48,6 % vs 29,6 %, p<0,0001). Des écarts significatifs sont aussi observés entre les groupes concernant les autres critères primaires qui qualifient les répondeurs sur 9 semaines sur 12 (p<0,05). Des améliorations soutenues restent constatées pendant la période d’arrêt du médicament. Les patients randomisés à nouveau après cette période présentent une augmentation graduelle de leurs symptômes en absence de traitement mais sans phénomène de rebond. Des progrès significatifs sont obtenus pour tous les critères secondaires, qui incluent l’évolution de la douleur sur 12 semaines, l’inconfort intestinal, la fréquence des selles etc… (p<0,001).

Les auteurs soulignent que le soulagement de la douleur intestinale est une manifestation cliniquement importante dans le SCI et que dans cet essai, plus de la moitié des patients traités par le linaclotide font part d’une amélioration d’au moins 30 % de la douleur sur 6 semaines contre 37,5 % dans le groupe placebo. C’est un effet durable et nombre d’autres paramètres sont améliorés, en particulier la constipation, l’inconfort et les ballonnements intestinaux. L’effet indésirable le plus fréquent du traitement est la diarrhée (19,5 %), en général légère ou modérée, qui conduit à un arrêt du traitement dans 5,7 % des cas.

Dans l’autre essai le linaclotide résulte en améliorations significatives des critères primaires et secondaires sur 13 et 26 semaines (sur les 13 premières semaines de traitement, critère de la FDA: 32,4 % des patients traités contre 13,2 % dans le groupe placebo (p<0,0001) ; réduction de la douleur et augmentation ≥ 1 des CSBM : 49,1 % et 43,6 % vs 31,3 et 18,6 % ; p<0,0001).

En conclusion, les résultats de ces deux vastes essais cliniques montrent une supériorité par rapport au placebo du linaclotide en termes d'amélioration des symptômes du SCI, avec des effets rapides et persistants. « Toutefois, une partie importante des patients ne répond pas suffisamment au médicament, ce qui conduit à recommander aux prescripteurs d’évaluer les patients régulièrement et de reconsidérer le traitement s'il n'y a pas d'amélioration des symptômes après quatre semaines », nuance l’EMA dans un communiqué.

Dominique Monnier

Références
(1) Lembo AJ et Col. Two randomized trials of linaclotide for chronic constipation. N Engl J Med. 2011 Aug 11;365(6):527-36. http://www.nejm.org/doi/full/10.1056/NEJMoa1010863#t=articleTop
(2) Rao S et coll. A 12-Week, Randomized, Controlled Trial With a 4-Week Randomized Withdrawal Period to Evaluate the Effi cacy and Safety of Linaclotide in Irritable Bowel Syndrome With Constipation. Am J Gastroenterol., Publication avancée en ligne le 18 septembre. doi: 10.1038/ajg.2012.255
(3) Chey WD et coll. Linaclotide for Irritable Bowel Syndrome With Constipation: A 26-Week, Randomized, Double-blind, Placebo-Controlled Trial to Evaluate Effi cacy and Safety. Am J Gastroenterol. Publication avancée en ligne le 18 septembre. doi: 10.1038/ajg.2012.254

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article