Une seule perfusion d’amphotéricine B liposomale suffit dans le kala-azar

La leishmaniose viscérale ou kala-azar (maladie noire en langue Assam) est une infection parasitaire qui sévit particulièrement en Inde et dont près de 50 % des cas s’observent dans la province de Bihar au Nord-Est du pays.  Pour prendre en charge efficacement cette affection dans un pays en voie de développement comme l’Inde, il faut non seulement disposer de produits actifs sur les leishmanies, mais mettre au point des protocoles thérapeutiques à la fois faciles à administrer et économiquement supportables. Les antimoniaux qui ont longtemps été la pierre angulaire du traitement sont aujourd’hui délaissés en raison notamment du développement de résistances. Aussi, dans la plupart des cas on a recours à l’amphotéricine B soit sous forme classique (désochylate)  s’administrant par voie intraveineuse tous les jours ou un jour sur deux pendant plusieurs semaines, soit sous forme liposomale avec des protocoles d’injection plus court (5 jours dans les essais récents). 

Pour aller plus loin dans la simplification de la prise en charge, une équipe indo-américaine a comparé une perfusion unique de 10 mg/kg d’amphotéricine B liposomale (dans le cadre d’une hospitalisation d’une nuit) à 15 perfusions d’un mg/kg d’amphotéricine B désochylate administrées un jour sur deux au cours d’une hospitalisation de 29 jours. 

Quatre cent douze patients souffrant de kala-azar ont été randomisés en ouvert entre ces deux protocoles. En terme d’efficacité, jugée sur le taux de guérison à 6 mois, les deux schémas thérapeutiques ont été équivalents avec 95,7 % de guérisons dans le groupe amphotéricine B liposomale contre 96,3 % avec le protocole de référence (NS). Les effets secondaires ont été plus fréquents dans le groupe « désochylate » (fièvre et frissons dans 64 % des cas contre 40 % dans le groupe « liposomale », exacerbation de l’anémie et de la thrombocytopénie dans 19 % des observations sous « désochylate » contre 2 % dans le groupe « liposomale »).

Une perfusion unique de 10 mg/kg d’amphotéricine B liposomale est donc aussi efficace et mieux tolérée que le traitement standard par amphotéricine B désochylate. De plus si l’on tient compte de la baisse récente du prix de l’amphotéricine B liposomale (grâce à un accord entre l’OMS et la firme Gilead Sciences) et des coûts induits par une hospitalisation de 29 jours, le prix de ce traitement est inférieur à celui du protocole classique (162 dollars contre 436 dollars).

Pour les auteurs, la prise en charge pourrait probablement être encore simplifiée en supprimant l’hospitalisation d’une nuit et en se contentant d’une perfusion d’une heure administrée en ambulatoire en raison de l’absence d’effets secondaires graves observés dans cet essai.

Il serait intéressant de comparer cliniquement et économiquement ce traitement très court aux autres alternatives thérapeutiques dont nous disposons : miltefosine, active per os mais nécessitant un traitement de 28 jours et paromomycine en 21 injections intramusculaires quotidiennes. 

Dr Nicolas Chabert

Référence
Sundar S et coll. : Single dose liposomal amphotericin B for visceral leishmaniasis in India. N Engl J Med 2010; 362: 504-12.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article