L’arrêt de la digoxine au cours de l’hospitalisation pour IC n’est pas une bonne idée…

L’étude DIG (Digitalis Investigation Group), la plus vaste étude randomisée, contrôlée menée sur les effets de la digoxine dans l’insuffisance cardiaque (IC) , avait montré il y a une vingtaine d’années (N Engl J Med 1997; 336:525–33) que la digoxine, administrée à des patients qui avaient une IC à fraction d’éjection ventriculaire gauche (FEVG) altérée (FEVG-), réduisait le risque de réhospitalisations de toutes causes et de réhospitalisationsliées à l’IC mais restait sans effet sur la mortalité totale. Cependant, on manquait jusqu’alors d’informations sur les conséquences de l’arrêt de la digoxine qui avait été prescrite à des patients en IC FEVG-.

C’est la raison pour laquelle Malik et coll. ont tenté de déterminer les conséquences éventuelles de l’interruption d’un traitement par la digoxine et le devenir de patients hospitalisés pour IC FEVG- et traités, par des antagonistes du système rénine –angiotensine et des bêtabloquants dont on sait que, dans cette situation, ils réduisent les risques de réhospitalisations et la mortalité de toute cause.

Sur les 11 900 patients hospitalisés pour une IC FEVG- (FE ≤ 45 %) et inclus dans le registre OPTIMIZE-HF (Organized Program to Initiate Lifesaving Treatment in Hospitalized Patients with Heart Failure), 3 499 recevaient de la digoxine avant leur hospitalisation ; la digoxine a été arrêtée chez 721 patients (âge moyen : 76 ans ; FEVG moyenne : 28 %; femmes : 41 % ; bêtabloquants : 65 %) qui ont été appariés avec 698 patients chez lesquels la digoxine a été poursuivie.

Un risque significativement plus élevé de réhospitalisations en cas d’arrêt de la digoxine

Quatre ans après la sortie de l’hôpital, l’arrêt de la digoxine apparaît associé à un risque significativement plus élevé : de réhospitalisations liées à l’IC (hazard ratio [HR] 1,21; intervalle de confiance à 95 % [IC95%] : 1,05 à 1,39 ; p = 0,007) ; de réhospitalisations de toutes causes (HR 1,16 ; IC 95% : 1,04 à 1,31 ; p = 0,010) ; de survenue d’un critère associant réhospitalisations liées à l’IC et mortalité de toute cause (HR 1,20 ; IC 95% : 1,07 à 1,34; p = 0,002) ; cependant, l’arrêt de la digoxine ne modifie pas le risque de décès de toute cause (HR 1,09 ; IC 95% : 0,97 à 1,24 ; p = 0,163).

Plus précocement, au 6e et 12e mois post-hospitalisation, l’arrêt de la digoxine était déjà associé à un risque significativement plus élevé de survenue de ces 4 éventualités.

De même au 30e jour suivant l’arrêt de la digoxine, y avait-il un risque significativement plus élevé de : mortalité de toute cause (HR 1,80 ; IC 95% : 1,26 à 2,57; p = 0,001) ; de l’incidence du critère associant réhospitalisations liées à l’IC et mortalité de toutes causes (HR 1,36 ; IC 95% : 1,09 à 1,71 ; p = 0,007), sans modification, toutefois, des risques de réhospitalisations liées à l’IC (HR 1,19 ; IC 95% : 0,90 à 1,59 ; p = 0,226) et de réhospitalisations de toutes causes (HR 1,03 ; IC 95% : 0,84 à 1,26 ; p = 0,778).

Cette étude montre pour la première fois, sur un suivi de 4 ans que, chez des patients hospitalisés pour une IC FEVG-, l’arrêt de la digoxine altère le pronostic. Plus précisément, l’arrêt de la digoxine apparaît associé à une élévation des taux de réhospitalisations liées à l’IC et de réhospitalisations de toutes causes au cours des 4 années suivantes ; cette élévation devenue significative au 6e mois post-hospitalisation ne l’était pas durant les 30 premiers jours.

Dr Robert Haïat

Référence
Malik A et coll. : Digoxin Discontinuation and Outcomes in Patients With Heart Failure With Reduced Ejection Fraction. J Am Coll Cardiol., 2019; 74: 617–27.

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