Alimentation et acné chez l’adulte, à boire et à manger !

La prévalence de l’acné parmi les adultes de plus de 25 ans serait (selon certaines études épidémiologiques) de 50 % avec une prédominance féminine. Dans cette population on distingue ceux qui ont une acné persistante depuis l’adolescence et ceux dont l’acné est apparue de novo à l’âge adulte. Quoi qu’il en soit l’acné à cet âge a des conséquences psycho sociales importantes dont le niveau serait comparable à celui engendré par d’autres maladies chroniques ! L’acné est reconnue comme étant d’origine multifactorielle avec l’implication de facteurs génétiques, endocriniens, environnementaux et comportementaux (pollution, tabagisme, exposition au stress, utilisation de cosmétiques inadaptés…).

Par ailleurs beaucoup de patients rapportent que leur acné est aggravée (provoquée) par la consommation de certains aliments, le chocolat, les mets gras, les produits laitiers étant souvent désignés comme responsables. Pour autant les données sur les relations entre diététique et acné demeurent rares et controversées.

Lait, aliments gras et sucrés

Une nouvelle étude a été menée auprès des participants à NutriNet-Santé qui est une étude observationnelle menée en ligne en France depuis mai 2009. Ces internautes donnent des informations tous les six mois en remplissant en ligne des questionnaires sur la quantité et la nature de leur alimentation (boissons comprises) pendant 24 heures (de minuit à minuit) sur trois jours non consécutifs durant deux semaines.

Entre le 14 novembre 2018 et le 8 juillet 2019, il leur a été en outre spécifiquement demandé s’ils avaient eu de l’acné et s’ils en avaient encore actuellement. Au total 24 452 personnes (dont 75 % de femmes) âgées en moyenne de 54 ans (DS 14) qui avaient déjà rempli à trois reprises des fiches alimentaires, ont répondu aux questions sur l’acné et 11 324 (46 %) avaient eu et/ou souffraient encore d’acné.

La confrontation, avec des méthodes d’analyse statistiques ad hoc, entre ces données et les résultats des questionnaires alimentaires a montré après ajustement sur divers facteurs (âge, genre, activité physique, tabagisme, niveau d’éducation, symptômes dépressifs…) une association significative entre la présence d’une acné actuelle et la consommation de produits gras et sucrés (Odds Ratio ajusté ORa par portion : 1,54, intervalle de confiance à 95 % [IC] : 1,09 à 2,16), de boissons sucrées (ORa par verre : 1,18 ; IC : 1,01-1,38) et de lait (Ora par verre : 1,12 ; IC : 1,00-1,25). De même un régime alimentaire à forte densité énergétique (forte consommation de produits gras et sucrés) a été associé à l'acné actuelle (ORa : 1,13 ; IC : 1,05-1,18).

Les résultats de cette étude semblent donc vérifier l’hypothèse que le « régime occidental » riche en produits animaux, gras et sucrés) favorise la présence d’une acné chez l’adulte. Cette association pourrait s’expliquer par le fait qu’une alimentation à index glycémique élevé peut provoquer une augmentation des taux d’IGF-1 et d’insuline circulants qui stimule l’activité de la cible de la rapamycine 1 (mTOR) induisant une prolifération cellulaire et une inhibition de l'apoptose. Ce qui en retour augmente les niveaux de stress oxydatif et d'inflammation, favorisant ainsi le développement de l'acné. De plus des niveaux élevés d’IGF-1 encouragent la production d’androgènes impliqués dans la production de sébum et donc l’apparition d’une acné. Le lait également provoque et augmente la production d’IGF-1 par le foie…

Une piste pour la prévention et la prise en charge ?

La force de cette étude réside dans le nombre élevé de ses participants et la grande variété des données alimentaires recueillies. Les principales limitations concernent les disparités par rapport à la population générale (sujets plus jeunes et davantage de femmes, régime alimentaire meilleur et faible proportion de participants souffrant actuellement d’acné) et diagnostic d’acné auto rapporté.

Quoi qu’il en soit l’association entre régime alimentaire (consommation de produits gras, sucrés, de boissons sucrées et de lait), et l’existence d’une acné chez l’adulte reste présente après de nombreux ajustements. Elle a d’ailleurs été signalé dans d’autres travaux. Néanmoins d’autres études à large échelle seraient utiles pour explorer davantage encore ces liens et aboutir à des recommandations pour la prévention et la prise en charge de l’acné.

Dr Marie-Line Barbet

Référence
Penso L et coll. : Association Between Adult Acne and Dietary Behaviors. Findings From the NutriNet-Sante Prospective Cohort Study. JAMA Dermatol. 2020;156(8):854-862. doi:10.1001/jamadermatol.2020.1602

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article