Arrêter de fumer mène-t-il à la dépression ?

L’arrêt du tabagisme s’accompagne en général de tout un cortège de symptômes à type d’agressivité, de troubles du sommeil, de nervosité ou encore d’irritabilité et de tristesse. La dernière dose de nicotine expose rapidement à ce syndrome de manque qui signe rétrospectivement l’existence d’une dépendance pharmacologique réelle. Les troubles dépressifs peuvent faire partie occasionnellement du tableau clinique, mais dans quelle mesure contribuent-ils au syndrome de sevrage ? C’est à cette question que répond une étude rétrospective japonaise de grande envergure réalisée entre 2010 et 2014. Elle a reposé sur l’exploitation d’une base de données administratives et de tous les bilans de santé recueillis dans la ville de Fukuota au cours de cette période. Les participants au nombre de 87 255 étaient âgés de 30 à 69 ans. Le critère de jugement principal était la survenue de troubles dépressifs. Les données ont été traitées à l’aide d’une analyse de survie et du modèle des risques proportionnels de Cox, après ajustement en fonction des facteurs de confusion potentiels suivants : sexe, âge, revenu mensuel et antécédents psychiatriques.

Pas d’association significative entre sevrage tabagique et troubles dépressifs

Deux groupes ont été constitués, dont l’un composé de fumeurs en situation de sevrage tabagique (n = 7841), l’autre de témoins (n =79 414). L’analyse de survie n’a révélé aucune différence intergroupe significative quant à la fréquence des troubles dépressifs. Il en a été de même avec l’analyse multivariée de Cox, le hazard ratio (HR) étant voisin de l’unité dans tous les cas de figure : ainsi, le HR a été estimé à 1,04 chez les fumeurs qui avaient recours aux substituts nicotiniques et à 0,97 chez ceux qui s’en dispensaient.

Cette étude rétrospective a certes ses limites qui sont celles inhérentes à toutes les approches cas-témoins. Elle n’établit cependant aucune association significative entre le sevrage tabagique et le risque de troubles dépressifs, qu’il y ait ou non prise de substituts nicotiniques, quelle que soit leur forme galénique. L’information demande à être confirmée mais, à ce stade, elle peut s’avérer utile pour faire la part des choses face à des troubles dépressifs qui se développent chez un fumeur en situation de sevrage tabagique. Ces derniers pourraient avoir un rapport avec d’autres étiologies que le renoncement à la nicotine !

Dr Philippe Tellier

Référence
Fujita T et coll. : Risk of depressive disorders after tobacco smoking cessation: a retrospective cohort study in Fukuoka, Japan. BMJ Open. 2019 ; publication avancée en ligne le 23 mars. doi.org/10.1136/bmjopen-2018-025124

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Pourquoi ce sujet est intéressant.

    Le 31 mai 2019

    J’ai toujours été déçu du sevrage tabagique par les substituts nicotiniques, mes patients ayant eu de meilleurs résultats avec l’hypnose pratiqué par un médecin hypnotherapeute et l’acupuncture. Or un de mes patients suite à un sevrage radical, a eu un syndrome dépressif sévère qui l’a conduite à reprendre la cigarette. Et j’ai découvert en faisant des recherches qu’il n’y avait pas que la nicotine qui rendait accroc mais les produits additifs pour diminuer l’irritation de la cigarette (facteur de rejet pour les jeunes adolescentes soit dit en passant). Ces produits additifs seraient le chocolat ou autre produit sucré dont j’ai oublié le nom qui libéreraient si j’ai bien compris des IMAO (dopamine noradrenaline et sérotonine).

    Dès lors il m’a suffit de considérer ce patient comme à sevrer de cette nouvelle addiction pour lui éviter de tomber dans une dépression ce qui fût étonnement facile.
    Cependant je pense qu’il ne faut pas être dupes de facteurs multiples associés en particulier liés à la relation qu’entretiennent les fumeurs avec la cigarette. D’où l’intérêt d’une prise en charge autre que uniquement médicamenteuse.

    Dr F.L

Réagir à cet article