Complications neuropsychiatriques des ARLT dans l’asthme, un risque plutôt théorique en France

Les antagonistes des récepteurs des leucotriènes (ARLT) peuvent être prescrits par voie orale dans certains cas d’asthme persistants légers en combinaison aux corticoïdes inhalés. La Food and Drug Administration (FDA) a alerté en 2020 sur une augmentation du risque de dépression et de suicide, alerte répercutée dans les recommandations de 2021 de la Société de Pneumologie de Langue Française pour le traitement de l’asthme de l’adulte et de l’enfant et renouvelée dans les recommandations « GINA » de 2022 (Global Initiative for Asthma, recommandations internationales sur l’asthme).

On peut utiliser cette molécule dans d’autres indications : asthme d’effort et rhinite allergique (RA). En France on a recours seulement au montélukast, les autres ARLT dont le pranlukast, étudié aussi dans le travail analysé ci-après, n’étant pas commercialisés en France.

Ji Soo Park et collaborateurs ont étudié la survenue d’événements neuropsychiatriques (ENP) liés à un traitement par ARLT pour asthme ou RA chez les enfants, adolescents et jeunes adultes en Corée du Sud pendant 2 périodes de 3 ans: P1 (2005-2007) et P2 (2016-2018), à partir de la base de données de l’assurance maladie sud-coréenne. Il s’agissait d’une self-controlled case series permettant de comparer le taux d’évènement selon différents niveaux d’exposition cumulée, que l’individu soit encore exposé ou non. Chaque cas rapporté agit comme son propre contrôle, l’incidence d’ENP étant comparée selon les périodes où le sujet était exposé ou non à l’ARLT.

Risque accru 4 à 14 jours après la prescription de pranlukast pour rhinite allergique

L’étude porte sur l’ensemble de la population sud-coréenne et a pu inclure 17 001 sujets. Le risque d’ENP était augmenté pendant P2 (12 701 sujets, rapport de taux d’incidence : 1,11; intervalle de confiance à 95 % = 1,00-1,22) mais pas pendant P1 (4 300 sujets, rapport de taux d’incidence : 0,88 ; intervalle de confiance à 95 % = 0,73-1,06). Les ENP se manifestaient 4 à 14 jours après la prescription chez les adolescents et les jeunes adultes.

Les enfants de 3 à 11 ans n’étaient pas concernés et les désordres cognitifs étaient même améliorés. Fait important le risque d’ENP concernait les prescriptions pour RA, pas pour asthme. Les principaux ENP identifiés chez l’adolescent et l’adulte jeune étaient des troubles de l’humeur, de l’anxiété, des troubles du sommeil ou des mouvements anormaux.

Aucun cas de suicide n’a été signalé.  Enfin le seul ARLT en cause était le pranlukast, prescrit en Asie, et pas le montélukast.

Les auteurs concluent qu’un risque accru d’ENP est enregistré dans une courte période de 4 à 14 jours après l’initiation d’un traitement par ARLT sous forme de pranlukast chez l’adolescent et l’adulte jeune mais pas chez l’enfant. En France où seul le montélukast est disponible, la population ne paraît pas donc pas concernée par ce risque.

Dr Bertrand Herer

Référence
Ji Soo Park et coll. on behalf of the Korean childhood Asthma REsearch team. : Leukotriene-receptor antagonist and risk of neuropsychiatric events in children, adolescents, and young adults: a self-controlled case series. Eur Respir J., 2022 publication avancée en ligne le 20 mai ; 2102467.doi: 10.1183/13993003.02467-2021.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article