Davantage de cas de Covid malgré la vaccination parmi les patients atteints de cancer

De nombreuses  études ont montré qu’il y avait dans la plupart des cancers  un risque d'infection par le SARS-CoV-2 significativement plus élevé, en particulier pour les cancers hématologiques et pulmonaires[1, 2, 3].

Les vaccins contre la Covid-19 ont démontré une grande efficacité dans la prévention de l’infection. Il existe cependant peu de données probantes sur l'efficacité des vaccins contre l’infection par le SARS-CoV-2 chez les patients atteints de cancers [4].

Une étude récemment publiée dans le « Journal of Clinical Oncology » tente de répondre à cette question [5].

Son objectif principal était d’étudier l'efficacité des vaccins pour prévenir l’infection dans une population présentant un cancer, en utilisant une cohorte de patients représentative au niveau national (USA), mise à disposition par le consortium National COVID Cohort Collaborative (N3C)*.

Une cohorte de sujets vaccinés atteints secondairement d’une Covid-19

La cohorte N3C était constituée de 58 772 sujets vaccinés (ayant reçu au moins une dose d'un vaccin à ARNm entre le 1er décembre 2020 et le 31 mai 2021(BNT162b2 de Pfizer-BioNTech ou mRNA-1273 de Moderna), n’ayant jamais eu un diagnostic de Covid-19 avant la vaccination, et ayant développé la Covid-19 (PCR+) au moins 14 jours après la première dose de vaccin à ARNm.

Les personnes qui avaient reçu deux doses de vaccins avant l'infection par la Covid-19 ont été considérées comme totalement vaccinées, tandis que celles qui n'avaient reçu qu'une seule dose ont été définies comme partiellement vaccinées. Le groupe témoin comptait 402 485 personnes n’ayant pas été infectées, dont 87 % entièrement vaccinées et 13 % partiellement vaccinées.

La proportion de patients entièrement vaccinés était significativement plus faible dans la cohorte N3C (40,6 %) que dans le groupe témoin (87,3 %), avec un Odds Ratio OR de 0,10 (test exact de Fisher : valeur P # 0,0001)

Dans cette cohorte de vaccination (N3C), 6 860 cas d’infection ont été observés, dont 40,7 % et 59,3 % respectivement chez des sujets entièrement vaccinés et partiellement vaccinés ; parmi ces 6 860 cas, 21 % (1 460)  étaient atteints de cancer, et parmi eux 59 % étaient entièrement vaccinés et 41 % partiellement vaccinés.

Dans les cas de cancer, la proportion de patients entièrement vaccinés (59 %) présentant une infection était significativement plus élevée que dans les cas sans cancer (35,6 %), avec un rapport de cotes de 2,65 (valeur P du test exact de Fisher : 0,0001).

Chez les 1 460 sujets présentant un cancer, les hémopathies malignes et les tumeurs solides conféraient des risques significativement plus élevés d'infection (rapports de cotes = 4,64 et 1,12) après ajustement en fonction de l'âge, du sexe, de la race et de l'origine ethnique, du tabagisme, du type de vaccin et de la date de vaccination.

Risque significatif surtout en cas d’hémopathie maligne

Dans la cohorte N3C de sujets vaccinés, un diagnostic de cancer multipliait par 2,7 les probabilités d’infections, par 4,6 en moyenne celles dans les cancers hématologiques (multiplication par 2,4 dans les lymphomes, par 6,2 dans les leucémies par 7,9 dans le myélome multiple)

Les cancers solides ont été associés à des augmentations plus faible du risque (1,1 fois). Les patients sous immunosuppresseurs, ceux ayant subi une greffe de moelle osseuse et ceux  ayant reçu récemment un traitement anticancéreux étaient exposés au risque le plus élevé d'infection.

Une deuxième dose du vaccin covid-19 a réduit le risque, en particulier chez les patients atteints de myélome multiple.

Chez les sujets vaccinés, par rapport aux patients sans cancer, les patients atteints de tumeurs malignes solides et hématologiques ont donc un risque significativement plus élevé d’infection par le SARS-CoV-2
Les auteurs précisent cependant que les vaccins contre la Covid-19 restent en partie protecteurs chez les sujets présentant un cancer.

Nécessité de doses de rappel

Cette étude confirme la nécessité des doses de rappel chez les sujets présentant un cancer comme chez les sujets immunodéprimés et/ou avec comorbités [6].  Des  études futures devront préciser l’impact de ces rappels vaccinaux dans les populations les plus vulnérables en particulier chez les sujets présentant un cancer.     
  
* Le consortium National COVID Cohort Collaborative (N3C). L'enclave N3C abrite le plus grand registre de cohortes cliniques de patients testés pour COVID-19 aux États-Unis. Les données proviennent de plus de 65 centres médicaux américains ; elles concernent les dossiers médicaux électroniques d'environ 8 millions de patients ayant eu une ou plusieurs infections après le 1er janvier 2020 (patients hospitalisés ou ambulatoires),
https:// ncats.nih.gov/n3c/resources/data-contribution/data-transfer- agreementsignatories

Pr Dominique Baudon

Références
1] Sharafeldin N et coll : Outcomes of COVID-19 in patients with cancer: Report from the National COVID Cohort Collaborative (N3C). J Clin Oncol., 2021; 39:2232-2246.<doi/10.1200/JCO.21.02419
2] Wang Q et coll. : Analyses of risk, racial disparity, and outcomes among US patients with cancer and COVID-19 infection. JAMA Oncol., , 2021 ; 7:220-227
3] Ribas A et coll. : Priority COVID-19 vaccination for patients with cancer while vaccine supply is limited. Cancer Discov., 2021; 11:233-236.
4] Monin L et coll. : Safety and immunogenicity of one versus two doses of the COVID-19 vaccine BNT162b2 for patients with cancer: Interim analysis of a prospective observational study. Lancet Oncol., 2021; 22:765-778.
5] Song Q et coll. : Risk and Outcome of Breakthrough COVID-19 Infections in Vaccinated Patients With Cancer: Real-World Evidence From the National COVID Cohort Collaborative. J Clin Oncol., 2022;40(13):1414-1427.
6] Centers for Disease Control and Prevention. Updated May 2, 2022. Accessed May 9, 2022. <https://www.cdc.gov/coronavirus/2019-ncov/need-extra-precautions/people-with-medical-conditions.html>

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