Des chiens renifleurs pour éviter l’importation du paludisme

L’éradication totale du paludisme dans les pays à faible prévalence serait facilitée si une méthode non invasive de diagnostic était disponible, qui permettrait de repérer les personnes infectées. Partant de ce principe, une équipe du Royaume-Uni a eu une curieuse idée.

Certains travaux ont en effet montré que les personnes infectées par les parasites du paludisme produisent une odeur détectée par les moustiques, et que ces derniers, attirés par cette odeur, vont se nourrir préférentiellement chez ces sujets infectés et parfois asymptomatiques, contribuant ainsi à la diffusion du parasite. Si les moustiques sentent cette odeur, pourquoi les chiens, avec leur odorat particulièrement développé, n’y seraient-ils pas sensibles eux aussi ?

Dressés pour reconnaître l’odeur du paludisme

Pour tester cette hypothèse, il a été demandé à 175 jeunes écoliers gambiens de 5 à 13 ans de porter la nuit des chaussettes de nylon. Trente de ces enfants étaient porteurs du paludisme à falciparum, symptomatiques ou non, et 145 enfants n’étaient pas  infectés. Deux chiens ont été dressés pour reconnaître « l’odeur du paludisme ».

Les résultats sont convaincants puisque, après cet entraînement, l’un des chiens distingue les chaussettes « infectées » des non infectées avec une sensibilité de 73,3 % et une spécificité de 91 %. Pour le second chien, la sensibilité est de 70 % et la spécificité de 90,3 %. Les deux chiens donnent la même réponse pour 141 chaussettes sur les 175 (80,6 %). Six enfants non infectés ont été dépistés positifs par erreur par les chiens ; il s’agissait d’enfants partageant leur lit avec des enfants infectés. Avec le partage des couchages très fréquent dans cette région et une prévalence de 8 % du parasite, les auteurs estimaient à 12 le nombre d’enfants non infectés partageant leur lit avec un enfant infecté.

Un test de diagnostic rapide en accord avec les exigences de l’OMS

L’OMS préconise qu’un test de diagnostic rapide doit détecter au moins 75 % des échantillons dans lesquels la densité du parasite est de 200 unités par μl ou plus, avec une spécificité non inférieure à 90 %. Dans cette étude, 60 % des échantillons sanguins étaient en dessous de cette densité de parasites. Considérer seulement les échantillons comptant 200 parasites par μl, porte la sensibilité de la détection moyenne par les chiens à 81,8 %, soit supérieure au seuil de sensibilité exigé par l’OMS.

Pour les auteurs, les chiens « renifleurs » de paludisme pourraient être utiles aux points d’entrées dans les pays où le paludisme a été éradiqué. Cela permettrait de détecter les voyageurs infectés asymptomatiques et de leur proposer un traitement afin d’éviter la diffusion du parasite.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Guest C et coll. : Trained dogs identify people with malaria parasites by their odour. Lancet infectious diseases, 2019 ; 19 : 578-580 doi.org/10.1016/S1473-3099(19)30220-8

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article