Diversification alimentaire : viande ou produits laitiers n’ont pas le même effet sur la croissance

Les suppléments alimentaires sont la première source de diversification pendant la période de sevrage du lait maternel ou d’un lait artificiel. Les modalités diététiques sont capitales car elles affectent la trajectoire de croissance et les risques ultérieurs d’obésité. Les protéines sont d’un intérêt particulier, une teneur élevée dans les laits infantiles conduit à une accélération de la croissance en poids. Plusieurs études ont montré que l’augmentation des apports en protéines lors de la diversification est associée à un risque de surpoids. Les recherches actuelles suggèrent que la qualité des protéines selon leur source, viande, laitages ou d’origine végétale, ont également une influence sur la croissance.

Des chercheurs de Denver ont complété une étude d’intervention nutritionnelle par un suivi plus prolongé jusqu’à 2 ans. Des nourrissons sains sous lait artificiel ont été alimentés de 5 à 12 mois au moment de la diversification par un régime riche en protéine sous forme de viande ou de produits laitiers. Durant la période d’étude, le groupe laitage a eu une décélération relative de la croissance linéaire (diminution du Z-score taille pour l’âge) et le groupe viande une accélération de la croissance linéaire. Parallèlement, la croissance en poids et le Z-score poids pour l’âge étaient similaires dans les 2 groupes de sorte que le Z-score poids/taille augmentait significativement de 0,76 dans le groupe laitage de 5 à 12 mois.

1,9 cm de plus à deux ans avec la viande

La même équipe a suivi les enfants à l’âge de 2 ans, un an après la fin de l’intervention nutritionnelle ; sur 32 nourrissons étudiés par groupe au début, 26 ont été évalués à 2 ans dans le groupe laitage (81 %) et 27 dans le groupe viande (84 %). Les moyennes d’apports protéiques étaient de 4 g ± 1,1 g/Kg pour les premiers et de 4,1 ± 1,2 g/Kg pour les seconds, comparables avec les apports estimés à cet âge dans la population américaine (NB également en France d’après l’Anses, et très supérieurs aux recommandations de l’OMS). A 24 mois, le Z-score poids pour l’âge était comparable dans les 2 groupes et similaire à celui mesuré à 12 mois. En revanche, le Z-score taille pour l’âge dans le groupe viande était supérieur à celui du groupe laitage soit une taille en moyenne de 1,9 cm plus grande. Le Z-score poids/taille n’était pas différent entre les 2 groupes. Le taux d’IGF 1 a augmenté significativement entre 12 et 24 mois mais l’insulin-like growth factor binding protein 3 et le taux d’urée ne se modifiaient pas entre 12 et 24 mois et étaient comparables dans les 2 groupes.

Ainsi, les différentes sources de protéines induisent des différences de croissance chez les nourrissons qui persistent à 2 ans, suggérant un impact potentiel à long terme de la qualité des protéines sur la trajectoire de croissance des enfants nourris artificiellement.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Tang M et coll. : Different growth patterns persist at 24 months of age in formula-fed infants randomized to consume a meat- or dairy-based complementary diet from 5 to 12 months of age. J Pediatr., 2019; 206: 78-82

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Vos réactions (1)

  • Le surréalisme en test

    Le 17 mars 2019

    Et avec des apports normaux de protéines, cela donne quoi, car avec du 4 gr/kg, nous sommes très très loin des ANC de tout organisme ou auteur, sur la planète Terre. C'est assez surréaliste ou alors, ai-je occulté un changement majeur quant aux apports protéiques ?

    Dr Christian Trape

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