Echec du MK-7 contre la sténose aortique

La sténose aortique calcifiante est désormais la plus fréquente des valvulopathies chez les sujets âgés de plus de 65 ans. Sa prévalence est en effet comprise entre 2 % et 5 % dans cette tranche d’âge. Elle passe par deux phases successives : dans un premier temps, l’inflammation et les dépôts lipidiques dominent la scène, puis intervient une phase de calcification marquée également par une progression de certains processus pro-ostéogéniques. On peut espérer que cette seconde phase, qui est lente, puisse être inhibée par une pharmacothérapie adaptée. La ménaquinone-7 (MK-7) ou vitamine K2 représente un espoir thérapeutique dans cette indication, puisqu’elle est un cofacteur essentiel dans la carboxylation des protéines impliquées dans la calcification artérielle. Quelques études préliminaires plaidaient en faveur d’une possible efficacité de la MK-7 dans le traitement de la sténose aortique calcifiante en freinant la progression des calcifications valvulaires.

Un essai randomisé mené à double insu contre placebo

Cette hypothèse est à l’origine d’un essai randomisé multicentrique, mené à double insu contre placebo dans lequel ont été inclus 365 hommes âgés (âge moyen 71,0 ± 4,4 ans). Le score calcique valvulaire (SCV) était > 300 unités arbitraires (UA) dans tous les cas. Dans le groupe traité, les patients ont reçu une association à doses fixes combinant 720 µg de MK-7 et 25 µg de vitamine D pendant 24 mois. Le critère de jugement principal était les variations du SCV. Les critères secondaires étaient essentiellement des paramètres échocardiographiques, notamment la surface des valves aortiques et la vélocité maximale du jet aortique transvalvulaire. Les indications de remplacement valvulaire aortique et la mortalité globale ont été également prises en compte, au même titre que les évènements cardiovasculaires majeurs, ou encore les variations du score calcique du réseau coronaire et de divers lits artériels.

Match nul versus placebo

Au terme des 24 mois de suivi, aucune différence intergroupe significative n’a été mise en évidence, quel que soit le critère de jugement. Dans le groupe traité, le SCV a augmenté en moyenne de 275 UA (intervalle de confiance à 95 % IC 95%, 225–326 UA) contre 292 UA (IC 95%, 246–338 UA) dans le groupe placebo. Aucun des critères secondaires n’a été favorablement modifié par le traitement, qu’il s’agisse des paramètres échocardiographiques, du score calcique coronaire, du recours à la chirurgie, de la mortalité globale, de l’incidence des évènements cardiovasculaires majeurs. Le traitement a été bien toléré tant sur le plan clinique que biologique, alors que la MK-7 a été administrée à des doses élevées.

Ces résultats cliniques sont décevants, d’autant que la MK-7 a permis de réduire très significativement les taux de dp-ucMGP (–212 pmol/L versus 45 pmol/L; p<0,001) ce qui témoigne d’une certaine efficacité biologique. Faut-il pour autant abandonner cette piste thérapeutique ? Ce serait prématuré, car il s’agit ici du premier essai randomisé à avoir évalué les effets de la MK-7 sur la progression des calcifications aortiques chez des patients âgés (65-74 ans) dont le SCV basal était >300 UA. La validité externe de ces résultats se limite donc à ce profil particulier, ce qui impose la prudence dans leur extrapolation à des situations cliniques différentes.

Dr Catherine Watkins

Référence
Diederichsen ACP et coll. : Vitamin K2 and D in Patients With Aortic Valve Calcification: A Randomized Double-Blinded Clinical Trial. Circulation2022;145: 1387– 1397.doi.org/10.1161/CIRCULATIONAHA.121.057008.

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