GLORIA : bénéfices de la corticothérapie à faibles doses dans la polyarthrite rhumatoïde

Les essais randomisés qui ont évalué l’effet de la corticothérapie à faibles doses dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde (PR) sont rares, et peu d'entre eux ont été réalisés selon les standards de qualité actuels. Presque toutes ces études plaident en faveur d’un bénéfice thérapeutique, et aucune d’entre elles n'a noté de risques substantiels.

En revanche, les études d'observation concluent différemment, puisqu’elles révèlent, pour leur part, une augmentation parfois importante du risque d’évènements indésirables. Force est cependant de reconnaître que ces études non contrôlées sont riches en biais et facteurs de confusion potentiels qui ne peuvent pas tous être pris en compte, même en s’aidant des ajustements statistiques les plus poussés.

Quoiqu’il en soit, ces discordances sèment la confusion.

GLORIA

L'essai GLORIA (Glucocorticoid LOw-dose in RheumatoId Arthritis), randomisé pragmatique, en double aveugle contre placebo permet d’y voir plus clair.

Son objectif était l’évaluation du rapport bénéfice/risque de la corticothérapie à faibles doses (prednisolone, 5 mg/jour) pendant 2 ans chez des patients atteints d’une PR évolutive, âgés d’au moins 65 ans. Tous les traitements en cours ont pu être poursuivis, à l’exception des corticoïdes. Les critères de jugement primaire portaient sur l’activité clinique de la maladie (score DAS28), sur l’évaluation des lésions articulaires radiographiquement décelables (score de Sharp/van der Heijde).

Un autre critère primaire a été le préjudice, exprimé par la proportion de patients présentant au moins un événement indésirable significatif : soit grave ou sérieux, soit imposant la sortie de l’étude.

Au total, ont été inclus 451 patients (âge moyen 72 ans) atteints d’une PR établie, évoluant depuis en moyenne 11 années. Le DAS28 basal était estimé à 4,5 et il existait en moyenne 2,1 comorbidités. La majorité des patients (79 %) bénéficiait d’un traitement de fond (dont 14 % de biothérapies ciblées).

Avantages à la corticothérapie à faibles doses

Plus de six patients sur dix (63 % dans le groupe traité versus 61 % dans le groupe placebo) ont poursuivi l’étude jusqu’à son terme. Les abandons relevaient des motifs suivants : évènements indésirables (14% dans chaque groupe), maladie active (3% vs 4%), autres -y compris la pandémie de Covid-19- (19 vs 21%).

La durée moyenne de l'étude a été de 19 mois. L'activité de la maladie s’est avérée inférieure de 0,37 point sous prednisolone (p < 0,0001) et il en a été de même pour la progression des lésions articulaires était inférieure de 1,7 point (p = 0,003).

Un préjudice a concerné 60 % des patients du groupe traité, versus 49 % dans le groupe placebo, ce qui conduit à un risque relatif ajusté de 1,24 (p = 0,02), les infections généralement bénignes expliquant l’essentiel de la différence intergroupe. Les autres événements indésirables spécifiques à la corticothérapie ont été plus rares et non rédhibitoires.

L'ajout d'une faible dose de prednisolone au traitement de fond en cours a des effets bénéfiques à long terme chez les patients âgés (> 65 ans).

La contrepartie est une augmentation modeste des évènements indésirables sans conséquence, de sorte que, dans cet essai randomisé pragmatique, le rapport bénéfice/risque d’un tel traitement semble favorable à 2 ans.

Dr Philippe Tellier

Référence
Boers M, Hartman L, Opris-Belinski D, et al ; GLORIA Trial consortium. Low dose, add-on prednisolone in patients with rheumatoid arthritis aged 65+: the pragmatic randomised, double-blind placebo-controlled GLORIA trial. Ann Rheum Dis. 2022 Jul;81(7):925-936. doi: 10.1136/annrheumdis-2021-221957. Epub 2022 May 31. PMID: 35641125; PMCID: PMC9209692.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article