Grossesse pour les patientes atteintes d’épilepsie : davantage de crises ?

L’épilepsie est une maladie chronique qui nécessite le plus souvent une pharmacothérapie au long cours plus ou moins lourde selon la forme clinique. La grossesse est en règle considérée comme un évènement à haut risque qui est au mieux géré par une équipe pluridisciplinaire. L’évolution clinique peut alors être marquée par une recrudescence des crises, d’autant plus probable que le traitement est souvent modifié à l’occasion de la grossesse. Qu’en est-il au cours du post-partum ? Le risque de crises dépend-il du type d’épilepsie, notamment de la localisation du foyer épileptogène ? Quel est le rôle des traitements ?

C’est à ces questions que répond une petite étude de cohorte prospective dans laquelle ont été incluses 99 patientes atteintes d’une épilepsie et qui ont mené 114 grossesses à leur terme, entre 2013 et 2018. Les informations ont été recueillies dans la base de données du Brigham and Women's Hospital. Pour chaque participante, la fréquence basale des crises a été calculée pour les 9 mois précédant la conception et pendant la grossesse, par intervalle de 4 semaines.

Recrudescences plus marquées pour les épilepsies focales mais pas dans le post partum

Au cours de la grossesse, la fréquence des crises a augmenté, cependant plus souvent en cas d’épilepsie focale, soit +21,1 % versus +5,3 % en cas de forme généralisée, ce qui conduit à un odds ratio [OR] de 4,70 (intervalle de confiance à 95 % [IC] 1,00-22,00 ; p = 0,0497). En cas d'épilepsie focale, c’est la forme frontale qui a le plus souvent été associée au risque de recrudescence des crises, l’OR correspondant étant en effet estimé à 8,00, IC 95 % 2,19-29,21 ; p = 0,0017). En revanche, dans le post-partum, aucune différence intergroupe statistiquement significative n’a été détectée : épilepsie focale versus généralisée (11,1 % vs9,1 % ; p = NS) ; frontale vs autres formes focales (18,8 % vs 6,0 % ; p = 0,1478). Par ailleurs, sur le plan thérapeutique, les polythérapies ont été associées à un risque plus élevé de manifestations critiques pendant la grossesse, soit en comparaison aux monothérapies, un OR de 8,36 (IC 95 % 2,07-33,84 ; p = 0,0029), quels que soient le médicament ou le type d'épilepsie. L'absence de crises avant la conception a été également associée à une fréquence accrue des crises pendant la grossesse (OR 6,418 ; p = 0,0076).

L’épilepsie focale, notamment frontale expose à un risque élevé d’aggravation des crises pendant la grossesse. Les associations médicamenteuses et l’absence de manifestations critiques avant la grossesse sont deux facteurs prédictifs du risque en question. Dans le post-partum, la situation semble se stabiliser, ce qui reste à confirmer, compte tenu du petit nombre de patientes incluses dans l’étude.

Dr Giovanni Alzato

Référence
Voinescu PE et coll. : Variations in Seizure Frequency During Pregnancy and Postpartum by Epilepsy Type. Neurology 2022 ;98(8):e802-e807. doi: 10.1212/WNL.0000000000013056. 

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Bizarre, vous avez dit bizarre

    Le 12 juillet 2022

    Un des facteurs de risque de survenue de crise pendant la grossesse est donc l’absence de crise avant la grossesse…donc l’existence de crises avant la grossesse n’est pas un facteur de risque de survenue de crise pendant la grossesse.
    Un début d’explication serait souhaitable de la part des auteurs.


    Dr P.Eck

Réagir à cet article