Hydroxychoroquine et intervalle QTc, le retour

L'hydroxychloroquine (HCQ) est largement utilisée dans le traitement de fond de rhumatismes inflammatoires et du lupus érythémateux systémique (LES) ou encore dans la prévention des lucites, indications où elle montre une efficacité certaine. Récemment sa réputation a pu être ternie par un soupçon de possible toxicité cardiaque notamment lorsqu’elle était prescrite seule ou en association avec l’azithromycine pour une Covid-19. Il s’agissait en particulier de l’allongement de l’intervalle QTc propice aux torsades de pointe. La question demeure posée d’une relation du type dose-effet entre l’exposition à l’HCQ et la durée du QTc.

Deux études de cohorte apportent des éléments de réponse à cette question. La première, qui est rétrospective a inclus 90 patients atteints d’un LES, traités ou non par l’HCQ. Les données démographiques, l’état de la fonction rénale et l’ECG de repos ont été systématiquement pris en compte. La seconde qui est prospective a inclus 84 patients atteints de la même maladie : aux données précédentes, ont été ajoutées la dose d’HCQ administrée et les taux sanguins du médicament mesurés par chromatographie liquide à haute performance, ainsi que les résultats de l’échocardiographie. L'analyse statistique a reposé sur des tests simples, type ANOVA, coefficient de corrélation de Pearson et test t de student.

Pas de relation dose-effet

Dans la cohorte rétrospective, l’intervalle QTc était voisin chez les patients traités ou non par l’HCQ, soit 437,91 ± 20,02 (n=75) versus 434,6 ± 27,49 (n=15). Il en a été de même en cas de maladie rénale chronique, les valeurs correspondantes étant respectivement de 448 ± 23,37 et de 444,5 ± 24,61.

Dans la cohorte prospective, aucune corrélation significative n’a été établie entre les taux sanguins de HCQ et l'intervalle QTc (r = 0,017), ceci indépendamment de la dose prescrite (r = 0,113 pour 400 mg et r = 0,06 pour 200 mg), de la durée d'exposition au médicament (p= 0,36 pour 0-5, 5-10 ou > 10 ans), de toute maladie rénale chronique ou encore des anomalies échocardiographiques.

Il s’agit de la première étude à plaider en faveur de l’absence de corrélation entre les taux sanguins d’HCQ et la durée de l’intervalle QTc chez un petit nombre de patients atteints d’un LES. Ce résultat semble par ailleurs être indépendant de la dose administrée ou de la durée d’exposition au médicament, et la fonction rénale n’aurait pas plus d’influence sur la corrélation. Une confirmation s’impose avant toute conclusion définitive.

Dr Philippe Tellier

Référence
Belmont HM et coll. : Whole blood drug levels do not correlate with QTc intervals in hydroxychloroquine treated systemic lupus erythematosus patients. Rheumatology (Oxford). 2022 ; publication avancée en ligne le 15 avril. doi: 10.1093/rheumatology/keac245. 

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article