Le mariage, une bonne alliance contre la démence ?

L’incidence croissante des démences à l’échelon mondial rappelle qu’il s’agit là d’une priorité en santé publique. A cet égard, la recherche des facteurs de risque modifiables apparaît de plus en plus essentielle. Le statut matrimonial mérite certainement d’être pris en compte, car il est associé à la fréquence des interactions sociales quotidiennes au sein du couple. Ces dernières seraient à même d’augmenter la réserve cognitive des participants et la capacité à compenser les désordres neuropathologiques annonciateurs de la démence, au travers de mécanismes qui restent à découvrir. Le mariage a par ailleurs d’autres vertus, puisqu’il permet en principe un mode de vie moins nocif pour les partenaires en éloignant les comportements à risque ou en les atténuant au travers des obligations créées par la vie conjugale, a fortiori familiale. Le célibat est en général pourvoyeur d’habitudes délétères pour la santé. Il existe bien évidemment de nombreuses exceptions à ce schéma quelque peu idyllique. Il n’empêche que le deuil et le divorce semblent augmenter le risque de démence à long terme et que le fait d’être marié est associé à une moindre mortalité, comparativement aux célibataires, selon certaines méta-analyses portant sur des études d’observation.

Il n’en fallait pas moins pour déclencher une revue systématique de la littérature internationale et des bases de données ad hoc pour rechercher une relation entre statut matrimonial et risque de démence. Les données ont été traitées dans le cadre d’une méta-analyse à effets aléatoires, en tenant compte de la qualité méthodologique des études retenues. Cette approche a été complétée par des analyses statistiques avec stratification intégrant le contexte clinique et social.

Un risque plus élevé pour les célibataires et les veufs

Au total, la méta-analyse a porté sur 15 études qui ont inclus 812 047 participants. Le risque relatif (RR) de démence est apparu plus élevé chez les célibataires à vie, comparativement aux sujets mariés, soit un RR de 1,42 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 1,07 à 1,90). Il en est de même pour la comparaison entre sujets veufs et mariés, le RR étant alors de 1,20 (IC, 1,02 à 1,41). En revanche, aucune augmentation du risque n’a été décelée chez les divorcés. Les analyses complémentaires ont révélé que le niveau d’éducation interférait avec la relation établie pour le veuvage en tant que facteur de confusion. Pour ce qui est des célibataires à vie, la médiocrité de l’état de santé basal a clairement influé sur le risque de démence. Enfin, si l’on prend en compte les méthodes utilisées, une remarque s’impose : ce risque est apparu plus élevé dans le cas où les participants étaient soumis à un examen clinique pour parvenir au diagnostic de démence, comparativement aux études qui ont fait reposer ce dernier sur la consultation de registres.

Ces résultats sont bien évidemment à prendre avec des pincettes, compte tenu des multiples facteurs de confusion qui viennent interférer avec l’association étudiée. Il semble donc que le fait d’être marié soit associé à une diminution du risque de démence, si l’on se réfère à la condition du célibat à vie ou du veuvage qui est trop rarement prise en compte en pratique clinique courante. De là à considérer le mariage ou ses équivalents comme un moyen de prévention de la démence, il y a un précipice qu’il est difficile de franchir sans la moindre hésitation. De fait, il y a tout de même matière à réflexion pour les célibataires ou les médecins qui les suivent. Leur état de santé mérite plus d’égards au travers de conseils éducatifs et d’incitations à un engagement social qui peut compenser celui établi de facto au travers des interactions quotidiennes régissant la vie de couple.

Dr Philippe Tellier

Référence
Sommerlad A et coll. Marriage and risk of dementia: systematic review and meta-analysis of observational studies. J Neurol Neurosurg Psychiatry., 2017 ; publication avancée en ligne le 28 novembre. doi.org/10.1136/jnnp-2017-316274

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