L’effet du lithium va peut-être jusqu’à l’os

Les liens entre le trouble bipolaire, son traitement par le lithium et l’ostéoporose, font l’objet d’une étude de cohorte rétrospective, réalisée par une équipe du Danemark, portant sur près de 23 000 sujets adultes avec un diagnostic de trouble bipolaire établi entre 1996 et 2019.

L’objectif est d’évaluer si le traitement par le lithium est associé à une diminution du risque d’ostéoporose dans ce contexte de trouble bipolaire et de déterminer si le lithium peut ainsi offrir « des propriétés protectrices des os », en plus de son classique effet thymorégulateur.

Les patients présentant un trouble bipolaire bénéficiaient ou avaient bénéficié pendant la période de l’étude de traitements « non mutuellement exclusifs » : lithium chez 38,2% des patients, neuroleptique (73,6 %), valproate (16,8 %) ou lamotrigine (33,1%).

Risque d’ostéoporose variable selon le thymorégulateur

Les auteurs ont constaté que les patients bipolaires traités au lithium présentent une diminution du risque d’ostéoporose (Odds Ratio OR=0,62 ; intervalle de confiance à 95 % 0,53–0,72) par rapport aux patients ne recevant pas de lithium. En revanche, les autres traitements à visée thymorégulatrice (neuroleptiques, valproate ou lamotrigine) ne sont pas associés à une réduction du risque d’ostéoporose. 

En résumé, si le trouble bipolaire est « associé à une augmentation du risque d’ostéoporose », son traitement par le lithium serait au contraire « associé à une diminution de ce risque d’ostéoporose. »

Cette étude présente deux intérêts. D’une part pour le clinicien, en l’incitant à considérer la « santé des os comme une priorité » dans la prise en charge du sujet bipolaire. D’autre part pour le chercheur, en stimulant de nouvelles études afin de comprendre les mécanismes de ces « propriétés potentielles de protection osseuse du lithium. »

Le lithium améliore-t-il vraiment l’ostéoporose ?

Notons que cet article suscite le commentaire avisé d’un lecteur, Takeshi Terao (professeur de psychiatrie à l’Université d’Ōita, au Japon) qui s’interroge sur la possibilité d’une « fausse association ». Il constate que le trouble bipolaire est associé à une augmentation du risque de démence, alors que, le traitement par le lithium est associé à une diminution du risque de démence contrairement aux anticonvulsivants comme le valproate ou la lamotrigine.

Les patients souffrant de démence ont un risque plus élevé de chute avec fracture osseuse, le diagnostic d’ostéoporose serait alors mécaniquement plus fréquent chez eux. En d’autres termes, il pourrait s’agir d’un biais de sélection occulte.

Le Pr. Terao relève aussi une contradiction dans le mécanisme d’action présumé du lithium sur la prévention de l’ostéoporose puisque les auteurs proposent l’inhibition de la glycogène synthase kinase-3β comme l’un des mécanismes des effets du lithium sur l’ostéoporose ; or c’est également l’un des mécanismes d’action du valproate, qui n’a lui aucun effet sur l’ostéoporose.

Enfin, bien que les rapports de taux de risque du risque d’ostéoporose ont été ajustés pour des facteurs pertinents comme les scores de l’indice de comorbidité de Charlson[1] , le Pr Terao estime que « ces scores ont évalué les caractéristiques de base des patients bipolaires mais pas les comorbidités ultérieures, y compris la démence. »

En conclusion, le lithium améliore-t-il l’ostéoporose ou la démence chez les patients bipolaires ? ou les 2 ? Des études ultérieures devraient permettre d’en savoir plus. Le praticien devra quant à lui veiller sur la santé osseuse de ses patients bipolaires.

[1] https://strokengine.ca/fr/assessments/charlson-comorbidity-index-cci/

Dr Alain Cohen

Référence
Köhler-Forsberg O et coll.: Association of lithium treatment with the risk of osteoporosis in patients with bipolar disorder. JAMA Psychiatry; 2022 vol 79(5): 454–463.

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Vos réactions (1)

  • Lithium et hyperparathyroidie secondaire

    Le 15 juin 2022

    J'ai vu une fois chez un patient une hyperparathyroidie secondaire au lithium
    L'effet serait-il voisin de l'action du teriparatide ?

    Dr Marie-Laure Sari-Leret

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