Les vertus insoupçonnées du chou

La naissance d’un enfant est un « heureux événement » qui s’accompagne souvent…de quelques déconvenues. Ainsi du phénomène d’engorgement mammaire qui touche de manière douloureuse la plupart des nouvelles mères  et qu’il faut prendre en charge précocement afin qu’il ne compromette pas  l’allaitement.

Plusieurs moyens, pharmacologiques ou non, existent pour contrecarrer les effets délétères de l’engorgement mammaire. Cependant, la préférence des mères va plus volontiers aux méthodes naturelles telles que les applications de compresses de gel froides. Sans oublier les feuilles de choux refroidies…

Cachez ce sein que nous ne saurions voir…sous des feuilles de chou !

Dans le but de donner une valeur scientifique à ce remède de grand-mère consistant en l’application de feuilles de chou refroidies sur les seins douloureux, des chercheurs singapouriens ont procédé à une étude randomisée confrontant trois modes de prise en charge de l’engorgement mammaire.

L’étude a eu lieu au sein d’une maternité privée d’un hôpital pédiatrique singapourien réputé pour procéder à plus de 700 accouchements par mois. Trois groupes ont été créés pour les besoins de l’étude : le groupe C (application de feuilles de chou [Brassica oleracea] associée aux soins courants), le groupe G (application de compresses de gel froides associée aux soins courants), et le groupe R (soins courants seuls). Les critères d’inclusion étaient les suivants : âge de 21 ans minimum, allaitement en cours, engorgement mammaire dans les 14 jours postpartum, maîtrise de l’anglais...

Les critères d’exclusion quant à eux consistaient en la présence de troubles mentaux chez la mère ne permettant pas la participation à l’étude, d’un traitement médical contre l’engorgement mammaire et l’absence d’allaitement (pour raisons personnelles ou médicales).
Les chercheurs ont eu recours à divers outils de mesures comme critères de jugement tels que l’échelle numérique de la douleur (0 à 10), la Breast engorgement assessment scale*, le suivi de la température corporelle des mères, le suivi de la durée des tétées et une échelle de satisfaction maternelle.

Au final, l’équipe a pu réunir une cohorte de 227 mamans, randomisée en 3 groupes de 76 femmes.

Le chou vainqueur !

Des résultats significatifs ont pu être isolés et on constate que les scores de douleur rapportés par les mamans après deux applications sont moindres dans le groupe C (groupe C : 4,48, groupe G : 5,11, groupe R : 5,51, p < 0,001). Concernant l’engorgement mammaire évalué par la Breast engorgement assessment scale, les femmes du groupe C ont des scores inférieurs à celles des autres groupes à 1h /2h post-application (groupe C : 4,37/3,41, groupe G : 4,33/3,65, groupe R : 4,62/3,99, p < 0,001).
Aucune variabilité significative n’a été observée concernant la température corporelle des mères indiquant l’absence de refroidissement dû à ces applications de cataplasmes froids.
Par ailleurs, le mode de prise en charge des douleurs liées à l’engorgement n’a pas eu non plus d’effet statistiquement différent sur la durée de l’allaitement et des tétées à 3 et 6 mois post-étude. Cependant, les scores de satisfaction  maternelle étaient plus élevés parmi les mamans ayant appartenu au groupe C…

En accord avec ces résultats, les auteurs de cette étude concluent que les applications de feuilles de choux et de compresses de gel représentent des alternatives efficaces aux traitements médicamenteux  proposés dans la prise en charge des douleurs occasionnées par l’engorgement mammaire. Ils soulignent tout de même la supériorité du chou sur les compresses dans la mesure où celui-ci a une action plus étendue sur les différentes composantes du phénomène d’engorgement puisqu’il agit de façon parallèle sur la douleur et le gonflement des seins au contraire des compresses qui ne réduisent que la composante douloureuse.

En effet, le chou est reconnu pour ses vertus antiseptiques, antibactériennes et anti-inflammatoires dues aux  antioxydants et enzymes qu’il renferme telle que la sinigrine, ceci expliquant ses effets plus élargis.
Le chou, symbole traditionnel de fécondité semble donc avoir trouvé une nouvelle utilité auprès des jeunes mamans !

*Grade 1 à 6 : 1 = seins souples et écoulement libre du lait, 6 = seins durs et  très douloureux, aucun écoulement de lait.

Maxime Sassalle

Référence
Wong BB et coll. : Application of cabbage leaves compared to gel packs for mothers with breast engorgement : Randomised controlled trial. Int J Nurs Stud., 2017; 76 : 92-99.

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Vos réactions (3)

  • Feuille de chou et Tour de France

    Le 30 octobre 2017

    Il est bien connu qu’en cas de canicule, les coureurs cyclistes au cours des « Tours de France », intercalaient entre la casquette et la boîte crânienne une salutaire feuille de chou (maintenant ils ont à leur disposition des pochettes réfrigérantes).
    Les vertus des feuilles de chou sont connues depuis longtemps !

    Dr Jean-Luc Langeron

  • Une anecdote

    Le 06 novembre 2017

    Ayant passé ma jeunesse dans un pays de courses de taureaux, j'ai vu que l'un des razeteurs aprés la course où il avait pris plus de coups que le taureau, prenait une feuille de chou, en remplissait la concavité de blanc d'oeuf monté en neige et l'appliquait sur la zone contuse. Selon lui, rien ne le soulageait mieux que cette méthode. A évaluer ?

    Dr Didier Pomares

  • Les choux, ... et les autres pansements !

    Le 12 novembre 2017

    Maintenant on a les gels en pochette, qui peuvent mouler le pied. Mais quand je faisais du patinage artististique (le demi-siècle), rien de tel qu'un...steak au bon endroit pour enfiler des patins trop durs et qui vous blessent !

    Dr Virgile Woringer

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