Mauvais pronostic des lymphomes agressifs chez les patients exposés aux pesticides

Une exposition professionnelle aux pesticides est un facteur de risque pour l’apparition d’un lymphome. Ces agents chimiques ont été classés comme carcinogènes (glyphosate, malathion, diazinon) et ce potentiel carcinogène peut-être favorisé par des effets toxiques cumulatifs mal connus liés à l’usage de fongicides, insecticides ou herbicides.

Le lymphome diffus à grandes cellules B représente 30 % des lymphomes. Son traitement est basé sur l’association d’un anticorps anti-CD20 à une chimiothérapie comportant une anthracycline, permettant un taux élevé de réponses complètes, une survie sans progression (SSP) à 2 ans de 69 % et une survie globale à 2 ans de 78 %.

L’étude, rétrospective et multicentrique, compare des patients adultes professionnellement exposés aux pesticides à des patients non exposés. Une exposition de plus de 1 an est retenue. Un ajustement est réalisé pour tous les facteurs pronostiques connus. Un total de 244 patients, d’âge médian 61 ans, a été inclus dans l’analyse. Ils se répartissent en 35 % d’IPI (International Pronostic Index) favorable, 23,2 % intermédiaire, 18,6 % défavorable. Ils ont été traités par R-CHOP (87,7 %), R-miniCHOP (10,2 %), R-ACVBP (2 %). Il n’y avait pas de différence de présentation initiale de traitement entre patients exposés et patients non exposés. Parmi les 67 patients (27,4 %) exposés aux pesticides, 38 avaient une exposition par une activité agricole, 16 par l’entretien d’espaces verts, 15 par des activités du bois et 11 par des activités d’hygiène publique. Les agriculteurs avaient une probabilité d’exposition de 100 %, les autres une probabilité d’exposition plus variable.

Taux d’échec particulièrement élevés chez les agriculteurs

Un échec thérapeutique a été observé chez 35 patients (14,3 %). Les patients professionnellement exposés aux pesticides ont un échec de traitement supérieur à celui des patients non exposés (22,4 % versus 11,3 %, p = 0,03).Les patients exposés du fait d’une activité agricole avaient un taux d’échec encore plus élevé que les autres (29 % versus 11,7 %, p = 0,005). Les différences entre les autres professions exposées et les échecs de traitement n’atteignent pas la signification statistique (mais les effectifs sont faibles).

En analyse multivariée, l’exposition professionnelle aux pesticides reste indépendamment associée à un échec de traitement : toutes les expositions professionnelles versus l’absence d’exposition, l’activité d’agriculteur versus les autres professions exposées.

En analyse univariée, la survie sans événement (SSE) est moins bonne chez les patients exposés : elle est à 2 ans de 70 % dans le groupe professionnel exposé versus 82 % dans le groupe non exposé (p = 0,04), avec une différence plus prononcée pour les patients ayant une activité agricole en comparaison des autres patients (56 % versus 83 %, p = 0,002).

La différence est retrouvée en analyse multivariée : patients exposés versus les non-exposés (p = 0,005), expositions agricoles versus expositions non-agricoles (p < 0,001).

En analyse univariée, on ne constate pas une moins bonne survie chez les sujets exposés aux pesticides avec une survie globale de 81 % chez les agriculteurs versus 92 % chez les patients exposés par des activités non agricoles (p = 0,07).

En analyse multivariée en revanche, il existe une différence de survie, laquelle est moins bonne chez les patients exposés par des travaux agricoles versus les autres patients (p<0.001).

Il existe certaines limites à ce travail. Il est rétrospectif. L’histoire professionnelle n’a pu être évaluée que chez 60,4 % des patients traités pour lymphome agressif. L’usage de pesticides pour activités non-professionnelles échappe à l’analyse. La caractérisation de l’expression génique du lymphome de type GC ou ABC n’est pas disponible.

Il faut cependant retenir que les résultats de cette analyse suggèrent que le pronostic du lymphome diffus à grandes cellules B en termes d’échec de traitement et de survie est associé significativement à une exposition professionnelle aux pesticides, en particulier au cours d’activités agricoles.

Pr Gérard Sébahoun

Références
Lamure S et coll. : Association of Occupational Pesticide Exposure With Immunochemotherapy Response and Survival Among Patients With Diffuse Large B-Cell Lymphoma. JAMA Network Open. 2019; 2(4):e192093. doi:10.1001/jamanetworkopen.2019.2093

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