Nouvel Hénipavirus en Chine : un épiphénomène exotique ?

Hénipavirose, vous avez dit hénipavirose ?

Les infections à Hénipavirus sont des viroses émergentes en Océanie et en Asie du Sud, mais leur extension géographique, notamment vers les îles du Pacifique et de l'océan Indien, ne peut être exclue, représentant une menace épidémique.

Jusqu’à ces jours-ci, les Hénipavirus comprenaient principalement les virus Hendra (HeV) et Nipah (NiV) appartenant à la famille des Paramyxoviridae.

Le virus Hendra sévit sur la côte nord-est de l’Australie. Il est à l’origine d’une zoonose émergente chez le cheval et provoque chez l’homme un syndrome respiratoire et neurologique mortel. Le nombre de cas reste cependant très limité.

Le virus Nipah cause une encéphalite et des atteintes respiratoires mortelles. Il a été identifié pour la première fois en 1998 lors d’une flambée chez les éleveurs de porcs en Malaisie, puis en 1999 chez des employés d'abattoir à Singapour. Depuis, plusieurs foyers épidémiques ont été observés en Inde et au Bangladesh.

La transmission se fait au contact d’animaux infectés, essentiellement les porcs malades et leurs tissus, ou par consommation de fruits ou de jus de palme contaminés par l’urine ou la salive de chauves-souris frugivores. Les hôtes naturels des virus Nipah et Hendra sont les chauves-souris du genre Pteropus.

La transmission de Nipah peut être inter-humaine à la différence du virus Hendra. Parfois comparé au virus Ebola, Nipah est l’un des virus les plus dangereux répertoriés actuellement. L’OMS l’a inscrit en février 2018 sur la liste des « maladies prioritaires » au même titre que Zika ou Ebola.

Les diagnostics différentiels des hénipaviroses sont l’encéphalite japonaise, le paludisme cérébral, le scrub-typhus, la leptospirose, l’encéphalite de la dengue, la méningoencéphalite herpétique, les méningites bactériennes, la rage (1)… Aucun vaccin n’existe, le traitement est symptomatique.

La ribavirine a été recommandée en 2008 par l’Infectious Diseases Society of America sur la base d’une efficacité in vitro, mais son utilité clinique est mal connue. Une sérothérapie monoclonale a été proposée contre l’infection à virus Hendra en Australie.

Un nouvel hénipavirus identifié en Chine

C’est dire l’intérêt de cet article (2) qui rapporte l’identification d’un hénipavirus phylogénétiquement distinct, Langya henipavirus (LayV), sur un prélèvement de gorge au cours de la surveillance sentinelle de patients fébriles ayant été exposés récemment à des animaux, dans l'est de la Chine.

L’enquête ultérieure a identifié 35 patients atteints d'une infection aiguë par le LayV dans les provinces chinoises de Shandong et Henan, parmi lesquels 26 étaient infectés uniquement par LayV, sans autre agent pathogène, suggérant que le virus LayV est bien à l'origine de la maladie fébrile.

Ces 26 patients présentaient de la fièvre (100 %), une asthénie (54 %), de la toux (50 %), une anorexie (50 %), des myalgies (46 %), des nausées (38 %), des céphalées (35 %) et des vomissements (35 %), accompagnés de thrombocytopénie (35 %), leucopénie (54 %), d'une altération des fonctions hépatique (35 %) et rénale (8 %).

Dans les échantillons de sérum prélevés chez 14 patients au cours des phases aiguë et convalescente de l'infection, les IgG étaient 4 fois plus élevés dans 86 % des échantillons de la phase convalescente que dans ceux de la phase aiguë ; la virémie était associée à l'infection aiguë par LayV ; les patients atteints de pneumonie avaient des charges virales plus élevées (nombre moyen [±SD] de copies / ml  transformé en log10 : 7, 64±0,98 vs 4,52±1,13).

Le génome de LayV est composé de 18 402 nucléotides avec une organisation génomique identique à celle d'autres hénipavirus. Il est phylogénétiquement apparenté au hénipavirus Mojiang, lui aussi découvert dans le sud de la Chine.

Pas de transmission inter-humaine… pour le moment

Il n’a été constaté aucune agrégation spatiale ou temporelle évidente des cas humains ou des haplotypes. Il n'y avait pas de contact étroit ou d'antécédent commun d'exposition parmi les patients, suggérant que l'infection dans la population humaine serait sporadique.

La recherche des contacts de 9 patients et de 15 membres de leur famille n'a pas révélé de transmission du LayV par contact étroit, mais la taille de l’échantillon était trop faible pour déterminer le statut de la transmission interhumaine.

La réaction croisée potentielle avec le virus Mojiang devra être évaluée pour améliorer les tests sérologiques.

La musaraigne comme réservoir naturel ?

Une enquête sérologique sur les animaux domestiques a permis de détecter une séropositivité chez les chèvres (3/168 [2 %]) et les chiens (4/79 [5 %]). Parmi les 25 espèces de petits animaux sauvages étudiées, l'ARN du LayV a été principalement détecté chez les musaraignes (71/262 [27 %]), suggérant qu’elles pourraient être un réservoir naturel de LayV.

La situation ne semble toutefois pas alarmante puisque ces 35 cas ont été recensés entre avril 2018 et août 2021 et aucun décès n’a, pour l’heure, été rapporté.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Références
1 – Aubry P, Gaüzère B-A. Les hénipaviroses : actualités 2002.
http://medecinetropicale.free.fr/cours/henipavirose.pdf
2 - Zhang XA, Li H, Jiang FC, et al. A Zoonotic Henipavirus in Febrile Patients in China. N Engl J Med. 2022 Aug 4;387(5):470-472. doi: 10.1056/NEJMc2202705. PMID: 35921459.

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