Pas de sur-risque de cancer au cours des traitements des pneumopathies interstitielles par MMF ou azathioprine

Le mycophénolate mofétil (MMF) et l'azathioprine sont des médicaments immunomodulateurs fréquemment utilisés dans le traitement des pneumopathies interstitielles (PI) - y compris celles associées à une maladie du tissu conjonctif - et de la pneumonie d'hypersensibilité fibrotique (PHF). Des cancers hématologiques et d'organes solides ont été signalés après un traitement par le MMF ou l'azathioprine ; toutefois, ces données proviennent principalement de patients ayant bénéficié d’une transplantation d'organe, chez lesquels le risque de malignité est traditionnellement plus élevé que chez ceux présentant une PI. Les objectifs de cette étude de cohorte observationnelle rétrospective qui a utilisé les données du registre canadien multicentrique et prospectif de la fibrose pulmonaire, étaient de caractériser et de comparer le risque de malignité lié au MMF ou à l'azathioprine chez les patients atteints de PHF et d'une maladie du tissu conjonctif.

Tous les patients avec un diagnostic de PI ou une PHF étaient admissibles à l'inclusion, en fonction du traitement par MMF, azathioprine pendant au moins 3 mois ou ni l'un ni l'autre (groupe non traité). Ceux qui avaient reçu à la fois du MMF et de l'azathioprine pendant plus de 3 mois ont été affectés dans le groupe du traitement qu'ils avaient reçu le plus longtemps. Les patients ont été exclus s'ils avaient déjà reçu du cyclophosphamide ou du rituximab ou en cas de données thérapeutiques manquantes.

Une tumeur maligne antérieure a été définie comme étant survenue avant le début du traitement chez les patients traités ou avant la première consultation pour une PI chez les patients non traités. Les tumeurs malignes documentées sans date dans le registre ont été incluses dans l'analyse du risque pour éviter de sous-estimer les effets du médicament, mais ont été exclues de l'analyse du délai écoulé jusqu'à la tumeur maligne. Les patients ont été suivis jusqu’à la dernière date connue des soins, de décès ou de transplantation pulmonaire.

Sur 3 883 patients enregistrés, 1 157 (n = 903 PI, y compris celles associées à une maladie du tissu conjonctif ; n = 254 PHF) répondaient aux critères d'inclusion (âge 61 ± 13 ans), avec une durée médiane de suivi de 3,1 ans (intervalle interquartile, 1,6 à 5,3). Les caractéristiques de base étaient similaires entre les deux groupes, quel que soit le traitement, mais avec moins de femmes dans le groupe MMF et moins de fumeurs et d'antécédents de tumeurs malignes dans le groupe azathioprine. Les doses quotidiennes moyennes de MMF et d'azathioprine étaient de 2 030 ± 570 mg (fourchette : 500 à 3 500) et de 120 ± 38 mg (fourchette : 50 à 5 000).

Soixante-quatorze patients (6,4 %) ont présenté au moins une tumeur maligne au cours de leur suivi et 10 patients plus d'une tumeur maligne. Il s'agissait de 27 patients (5,8 %) dans le groupe MMF, de sept patients (4,6 %) dans le groupe azathioprine et de 40 patients (7,4 %) dans le groupe des patients non traités. L'incidence des tumeurs malignes a été de 19 pour 1 000 personnes-années dans le groupe MMF, de sept pour 1 000 personnes-années dans le groupe azathioprine et de 21 pour 1 000 personnes-années dans le groupe non traité.

Les tumeurs malignes ont surtout concerné les poumons et la peau

Les tumeurs malignes les plus fréquentes ont concerné les poumons et la peau. Il y a eu cinq cas de lymphome dans le groupe non traité, et aucun dans les deux groupes traités. Au cours des 5 années de suivi après le début du traitement ou après la visite de référence, il n'y a pas été noté de différence dans le temps écoulé jusqu'à la première tumeur maligne entre les groupes traités et non traités (log rank : p = 0,4124). La dose thérapeutique cumulée n'a pas été associée au risque de malignité chez les patients traités par MMF (ß = 0,74 ; intervalle de confiance à 95 % IC95% , -0,71 à 2,19 ; p = 0,32) dans les modèles ajustés. Cette donnée n'a pas été analysée pour l'azathioprine, étant donné le peu d'événements de malignité dans ce groupe.

Bien que limitée par le manque de données sur l'innocuité à long terme et l'impossibilité d'évaluer le risque lié à la dose d'azathioprine, cette étude multicentrique a révélé une faible incidence de lésions malignes chez les patients traités par MMF ou azathioprine, laquelle était similaire à celle des patients non traités par l'un ou l'autre médicament. Elle n’a pas montré de relation entre le risque de malignité et la dose cumulative de MMF, le nombre d'événements étant trop faible pour tester cette possibilité dans le groupe azathioprine. Ces résultats vont dans le sens d’une innocuité à court terme de ces médicaments chez les patients atteints de pneumopathies interstitielles, y compris celles associées à une maladie du tissu conjonctif et de pneumonies d'hypersensibilité fibrotique.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Lok SD et coll. : Malignancy Risk Associated With Mycophenolate Mofetil or Azathioprine in Patients With Fibrotic Interstitial Lung Disease, Chest, 2022 ; 161 : , Pages 1594-1597. , doi.org/10.1016/j.chest.2021.12.636

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