Peut-être moins d’arthroplasties pour les PR sous biothérapies

La polyarthrite rhumatoïde (PR) aboutit, dans certains cas, à une destruction progressive des articulations, au point d’imposer la mise en place d'arthroplasties totale du genou (ATG) ou de la hanche (ATH). Les biothérapies ont constitué un progrès thérapeutique décisif dans la prise en charge de la maladie, mais ont-elles pour autant diminué le besoin de recourir à ces prothèses ?

Une étude de cohorte rétrospective apporte des éléments de réponse à cette question. Elle a reposé sur les bases de données de l’Assurance maladie de Taiwan où ont été repérées les demandes de remboursement de biothérapies faites entre 2000 et 2013 pour des patients atteints d’une PR confirmée. Une première cohorte a ainsi été constituée et comparée à une cohorte de patients atteints de la même maladie, appariés selon l’âge et le sexe, chez lesquels le traitement de fond n’incluait pas les biothérapies. La comparaison intergroupe quant au risque d’ATG et d’ATH a reposé sur le modèle des risques proportionnels de Cox.

Incidence plus faible des prothèses du genou et de hanche

Au cours de cette période, une ATG a été mise en place chez 254 des 5 979 patients (4,16 %) du groupe biothérapies, versus 871/ 11 958 (7,28 %) dans le groupe des témoins. Les chiffres correspondant aux ATH ont été respectivement de 2,55 % et 4,13 %. Les taux d’incidence de prothèses pour 1 000 patients-années ont été significativement plus faibles dans le groupe biothérapies par rapport au groupe des témoins : (1) ATG : 11,73 vs 16,33, p < 0,001) ; (2) ATH : 7,09 vs 9,16, p< 0,001).  

Après ajustement selon les facteurs de confusion potentiels, dans un sous-groupe de patients traités de manière régulière par les biothérapies, le risque d’ATG, en fait le hazard ratio ajusté (HRa) a été estimé à 0,55 (intervalle de confiance à 95 % IC 95% : 0,38-0,81) et il en a été de même pour le risque d’ATH, la valeur correspondante du HRa étant de 0,63 (IC 95% : 0,40-0,98). La tendance inverse a été observée en l’absence de traitement par le méthotrexate, de corticothérapie, d’arrêt des biothérapies pour repasser au traitement conventionnel, de coexistence d’un syndrome des antiphospholipides.

Cette étude rétrospective suggère que les biothérapies prescrites de manière régulière diminuent le recours aux ATG et ATH chez les patients atteints d’une PR suffisamment sévère ou évolutive pour justifier ces traitements. Une notion qui demande à être confirmée par des études de cohorte prospective, car les facteurs de confusion sont dans un tel contexte trop nombreux pour pouvoir conclure plus formellement.

Dr Philippe Tellier

Références
Yu-Sheng Chang et coll. : Effects of biologics on reducing the risks of total knee replacement and total hip replacement in rheumatoid arthritis. Rheumatology (Oxford). 2022 ; 61(5):1849-1856.
doi: 10.1093/rheumatology/keab671.

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