Peut-on se fier aux biosimilaires de l’infliximab dans la maladie de Crohn et la RCH ?

L’arrivée de l’anti-TNF-alpha CT-P13, premier biosimilaire de l’infliximab, remonte à l’année 2013 avec des études de non infériorité dans la polyarthrite rhumatoïde et la spondylarthrite ankylosante. Le CT-P13 (Remsima®), a été approuvé en Europe pour la maladie de Crohn (MC) et la rectocolite hémorragique (RCH) sur la base d’équivalence à partir des données pharmacocinétiques et d’efficacité clinique.

L’extrapolation de données rhumatologiques aux maladies inflammatoires chroniques intestinales ou MICI n’a pas convaincu d’emblée les gastroentérologues du bienfait de ces biosimilaires dont le mécanisme d’action et la tolérance ne sont pas superposables dans le MICI et les maladies inflammatoires chroniques articulaires. De plus et contrairement aux génériques chimiques, leur production biologique n’est jamais complètement contrôlable, dépend intimement du procédé de fabrication et concourt à leur nature immunisante particulière, à l’origine d’anticorps bloquants.

La communauté gastroentérologique attendait donc des résultats concrets, obtenus dans la vraie vie sur un long terme.

Des résultats dans la vraie vie sur le long terme

Une étude rétrospective, multicentrique, coréenne, a inclus 368 patients adultes (227 atteints de MC et 141 de RCH), traités par le CT-P13. Sur l’ensemble de la cohorte, 149 sujets MC étaient naïfs de traitement par anti-TNF à l’inclusion et 78 ont « switché » du médicament princeps au biosimilaire. Parmi les 118 patients atteints d’une RCH et naïfs d’anti-TNF, un switch a été réalisé pour 23 d’entre eux. Les scores d’activité des deux MICI étaient élevés à l’inclusion avec un suivi médian de 34 mois. Le nombre moyen d’administrations de CT-P13 a été de 17,9 et de 13,6 respectivement dans le groupe MC et RCH.

La « persistance du traitement » s’est réduite dans les deux groupes (MC et RCH) à 1 et 3 ans pour atteindre 58,7 % à 5 ans chez les patients souffrant de MC et naïfs de traitement par anti-TNF. Ces taux étaient respectivement de 69,7 % à 1 an, 46,0 % à 2 ans et seulement 26,7 % à 5 ans chez les sujets souffrant de RCH.

Les taux de réponse clinique et de rémission à la 14e semaine étaient importants (respectivement 94,3 % et 78,6 % pour les patients souffrant de MC et 85,6 % et 42,6 % pour ceux souffrant de RCH). Ils ont diminué avec le temps pour atteindre 17,6 % pour la réponse clinique et la rémission dans le groupe MC à 5 ans et 6,7 % pour les sujets RCH. Les paramètres biologiques (CRP et VS) avaient diminué de manière significative à la 14e semaine, ainsi qu’à 1 et 3 ans ; 44,8 et 42,5 % des sujets atteints de MC et de RCH qui avaient « switché »  du médicament princeps au biosimilaire étaient toujours sous traitement à 5 ans.

Rien ne s’oppose au CT-P13 dans les MICI

Les effets indésirables ont concerné seulement 14 % des patients. Les plus fréquents étaient des réactions au site d’injection, des éruptions cutanées, ainsi que des réactions anaphylactiques, des convulsions, des palpitations et une tuberculose. Sur le plan hépatique, on note seulement un prurit et une élévation des transaminases.

Au total, rien ne s’oppose à utiliser à long terme le biosimilaire CT-P13 chez les patients porteurs d’une MICI. La principale difficulté concerne l’accord des patients en cas de switch. Une publication récente aux JFHOD 2019 montre l’intérêt d’une infirmière spécialisée dans l’éducation thérapeutique pour obtenir une meilleure adhésion au changement, souvent prôné par les pharmaciens pour des raisons économiques.

Dr Sylvain Beorchia

Référence
Kim NH, Lee JH, Hong SN, Yoon H, Kang HW, Lee SH, Im JP, Cha JM, Eun CS, Kim JW, Choi CH, Park DI. : Long-term efficacy and safety of CT-P13, a biosimilar of infliximab, in patients with inflammatory bowel disease: A retrospective multicenter study. J. Gastroenterol. Hepatol.,2019 ; publication avancée en ligne le 3 mars. doi: 10.1111/jgh.14645. PMID: 30828891

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Vos réactions (1)

  • Problème connu

    Le 08 mai 2019

    Les difficultés pratiques liées aux biosimilaires sont évidemment les mêmes que celles occasionnées par les génériques et autres me-too.
    La (très mal nommée) "substitution" n'a de sens que si elle est effectuée à l'origine. Il s'agit alors d'un choix de première intention, qu'on adapte à chaque patient, et qu'on ne modifie qu'en cas de problème.
    En revanche, la "substitution" en cours de traitement (le "switch") est inadmissible en l'absence de nécessité thérapeutique. Modifier un traitement adapté pour des raisons commerciales est un déni de bonne thérapeutique et ne peut que créer des problèmes, qu'il s'agisse de remplacer un princeps par une copie (ou vice versa), une copie par une autre ou une présentation par un soi-disant équivalent.

    Dr Pierre Rimbaud

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