Quid de l’efficacité et de la tolérance de la mélatonine à libération prolongée dans la vraie vie ?

Cette étude observationnelle allemande avait pour objectif d’évaluer l’efficacité et la tolérance de la mélatonine à libération prolongée dans les conditions de vie réelles des patients. Pour être inclus, les patients devaient présenter une insomnie nécessitant, selon leur médecin, un traitement pharmacologique et, en particulier, la prescription de mélatonine à libération prolongée (MLP). Les patients devaient également pouvoir être évalués en post-traitement. La MLP était prescrite à raison d’un comprimé à 2 mg 2 heures avant le coucher pendant 3 semaines. Pour rappel, cette « formulation spécifique » de MLP (Circadin®), qui ne peut s’obtenir que sur ordonnance, a été approuvée en juin 2007 par l’Agence Européenne des médicaments pour « le traitement à court terme de l’insomnie primaire, caractérisée par une mauvaise qualité du sommeil, chez des patients âgés de 55 ans ou plus. »

Une méthodologie rigoureuse

Des évaluations étaient réalisées à l’inclusion, pendant le traitement et à l’arrêt de celui-ci (1 à 2 jours après arrêt précoce et 15 jours après si le traitement avait été poursuivi 3 semaines).

Trois questions étaient posées à chaque visite :

• « Comment décririez-vous la qualité de votre sommeil ? »
• « Comment décririez-vous vos sensations au réveil ? »
• « Avez-vous présenté des effets indésirables ? »

Le sommeil était classé par les patients en « très bon », « bon », « correct », « mauvais » et « très mauvais ». Et l’éveil matinal en « complètement éveillé », « éveillé », « correct », « fatigué » et « très fatigué ». La survenue d’effets secondaires était évaluée à l’aide du MedDRA version 12.0. On considérait qu’il y avait une amélioration s’il existait une variation d’au moins un point en comparaison avec la visite d’inclusion.

Une amélioration dans 75 % des cas

Les 597 participants (65 % de femmes) étaient âgés en moyenne de 62,7 ans et leur insomnie était le plus souvent modérée (53,3 %) ou sévère (37,9 % des cas). Dans deux tiers des cas (68 % ; n = 406),  elle avait déjà nécessité un traitement pharmacologique (principalement par zopiclone [21,3 %] et zolpidem [21,1 %]).

Les résultats montrent une amélioration de la qualité du sommeil et de la vigilance matinale rapportée par 75 % des patients.

Par ailleurs, la majorité des patients (77 %) qui utilisaient des hypnotiques (benzodiazépines ou apparentés) avant la prise de mélatonine LP les ont stoppés et n’en consommaient plus après l’arrêt de la MLP. Et, parmi les non utilisateurs de benzodiazépines ou apparentés avant le début du traitement (n = 323), 94,4 % n’en prenaient toujours pas à l’arrêt de la MLP.

Quant à l’évaluation post-traitement, elle a mis en évidence une persistance de l’effet thérapeutique de la MLP pendant la période de suivi de 2 semaines.

Pas de syndrome de sevrage ni d’insomnie de rebond

7,1 % des patients (n = 46) ont rapporté des effets indésirables dont les plus fréquents étaient des nausées (1,5 % ; n = 10), un vertige (n = 5), de la nervosité (n = 5) et des céphalées (n = 5). Aucun cas d’insomnie de rebond, ni de syndrome de sevrage, n’a été rapporté après l’arrêt du traitement.

Des recommandations toujours d’actualité

Comme le soulignent les auteurs de cette publication, ces données confortent le rapport bénéfice/risque favorable de la MLP qui émane de plusieurs études contrôlées menées pendant des périodes de 3 semaines à 6 mois (Garfinkel et coll., 1995 ; Lemoine et coll., 2007 ; Wade et coll., 2007, 2008, 2010, 2011 ; Luthringer et coll., 2009). Les résultats sur la tolérance vont également dans le même sens que ceux provenant d’études contrôlées versus placebo dans lesquelles aucun cas d’insomnie de rebond ou de syndrome de sevrage n’a été rapporté (Lemoine et coll., 2007 ; Luthringer et coll., 2009 ; Wade et coll., 2011). A noter qu’il en était de même dans un essai ouvert dans lequel le traitement par MLP avait été prescrit pendant un an (Lemoine et coll., 2011).

Depuis 2010, la British Association for psychopharmacology recommande la MLP en première ligne dans le traitement des insomniaques de 55 ans et plus nécessitant une prescription médicamenteuse (Wilson et coll., 2010). Au vu des résultats de cette étude observationnelle, ces recommandations sont toujours d’actualité !

Dr Isabelle Birden

Référence
Hajak G et coll. : Lasting treatment effects in a postmarketing surveillance study of prolonged-release melatonin. International Clinical Psychopharmacology 2015 ; 30 : 36-42.

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