THS et maladie d’Alzheimer : un lien ?

La maladie d’Alzheimer est plus fréquente chez les femmes que chez les hommes. Certes, la différence peut être due à l’espérance de vie plus longue des femmes, mais il peut exister aussi des disparités spécifiques selon le sexe. Des données existent concernant le lien entre l’utilisation de traitements hormonaux substitutifs (THS) et le risque de maladie d’Alzheimer. Plusieurs études observationnelles ont montré un effet protecteur du THS, mais celui-ci n’est pas confirmé par la grande étude contre placebo de la WHIMS (Women Health Initiative Memory Study) qui montre au contraire une augmentation du risque de maladie d’Alzheimer chez les utilisatrices de THS. Ces résultats contradictoires pourraient toutefois être dus à une question de « timing » : dans l’étude WHIMS, le THS était souvent prescrit après 65 ans, ce qui n’est pas le plus couramment observé en pratique.

Pour en savoir un peu plus, une équipe finlandaise a réalisé une nouvelle étude incluant 84 739 femmes ménopausées chez qui a été diagnostiquée une maladie d’Alzheimer, entre 1999 et 2013. Elles avaient toutes plus de 60 ans au moment du diagnostic et plus de la moitié avait plus de 80 ans. Cette cohorte a été comparée à autant de femmes indemnes de la maladie.

Faible augmentation du risque dans une étude cas-témoins

Il apparaît dans cette étude que la prise d’un THS est associée à une augmentation moyenne du risque de maladie d’Alzheimer de 9 % (pour l’œstrogénothérapie seule) à 17 % (pour l’hormonothérapie combinée). Dans le cas d’un traitement combiné, le risque n’est pas différent selon la forme de progestérone prescrite (acétate de noréthistérone, acétate de médroxyprogestérone ou autre), mais est en revanche supérieur pour les durées de THS excédant 10 ans (augmentation du risque de 20 %). L’augmentation du risque ne semble concerner que les traitements pris par voie systémique, et non pas les traitements délivrés exclusivement par voie vaginale.

Dans cette étude, l’âge au moment de l’initiation du THS n’est pas un élément déterminant du risque de maladie d’Alzheimer. Pour les femmes de moins de 60 ans au début du THS, l’augmentation du risque est en lien avec une durée  d’exposition aux hormones supérieure à 10 ans. Il est augmenté de 10 % pour une exposition entre 5 et 10 ans et de 20 % pour une exposition de plus de 10 ans.

Notons que dans l’absolu, 9 à 18 diagnostics supplémentaires de maladie d’Alzheimer seront portés chaque année,associés à la prise d’un THS, pour 10 000 femmes âgées de 70-80 ans (pour une incidence de la maladie de 105 pour 10 000 dans cette classe d’âge), particulièrement chez celles qui auront été sous traitement pendant plus de 10 ans. Cette augmentation somme toute assez faible du risque ne doit pas conduire à l’occulter, et devrait être signalée aux patientes traitées depuis longtemps.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Savolainen-Peltonen H et coll. : Use of postmenopausal hormone therapy and risk of Alzheimer’s disease in Finland: nationwide case-control study. BMJ 2019; 364: l665

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Vos réactions (4)

  • Alzheimer et hormones

    Le 12 mars 2019

    A l'occasion de cet article rapprochant la maladie d'Alzheimer et les hormones féminines, on ne peut s'empêcher de citer d'autres travaux sur les liens possibles entre l’Alzheimer et les stéroïdes sexuels.

    Les traces mnésiques (les souvenirs) ne peuvent pas être autre chose que de la matière organique. Les souvenirs anciens sont construits et à peine destructibles. Les souvenirs récents ne le sont plus du tout dans cette affection. Qu'est-ce donc qui les sépare ?

    Henri LABORIT a démontré que les inhibiteurs de synthèse des protéines empêchent l'apprentissage (acquisition de souvenirs) chez tous les animaux expérimentés à Boucicaut sans pour autant enlever les apprentissages antérieurs à la prise de ces inhibiteurs.

    Osera-t-on dire que les souvenirs ne sont que des protéines ? Dans ce cas, si l'anabolisme des protéines est devenu insuffisant dans cette affection, serions-nous autorisés à prescrire de la testostérone dont le rôle dans l'anabolisme est essentiel ?

    Le Pr Carl Pintzka, norvégien hospitalier, a émis l'hypothèse selon laquelle la quantité de testostérone jouerait un rôle dans l'apparition de la maladie d'Alzheimer.

    Il argumente ainsi : les femmes (dont les taux de testostérone (8,2 nanomoles /L) sont bien moindres (27*) que ceux des hommes avec 34,6 nanomoles/L) sont deux fois plus nombreuses et plus atteintes que les hommes à être atteintes par la désorientation temporo-spatiale, conséquence de la perte de mémorisation des faits récents et actuels.

    Et même, bien plus jeunes, les femmes sont bien plus touchées que les hommes par les mécanismes de mémorisation dans l’espace comme l’apprentissage gauche-droite, nord-sud, on le voit dans la lecture des cartes routières, ou, lorsque passagères, elles ne mémorisent que difficilement les trajets routiers.

    Ce professeur norvégien propose que d'autres chercheurs utilisent ses résultats pour entreprendre des travaux sur les liens réels entre cette hormone sexuelle et le développement de cette pathologie.

    Un apport en protéines et en anabolisants de synthèse pourrait-il jouer un rôle de reconstruction non établi par des publications scientifiques chez l'homme mais cependant prouvées chez l'animal?

    Aux USA on hésite moins. Des chercheurs américains ont montré que les hommes présentant un faible taux de testostérone seraient plus susceptibles de développer la maladie d’Alzheimer que les autres. Ces derniers publient leurs travaux dans la revue Neurology.

    Scott Moffat et ses collègues du National Institute Aging (NIH), basé à Baltimore dans le Maryland (Etats-Unis), ont compilé et analysé les données issues du programme Baltimore Longitudinal Study Aging qui a débuté en 1958. Plus de 574 hommes âgés de 32 à 87 ans ont été suivis pour cette enquête.

    Ils ont ainsi constaté qu’une augmentation de 50% du taux de testostérone, conduisait à une baisse de 26% des risques de développer la maladie d’Alzheimer. A l’opposé, lorsque le taux de cette hormone diminue, le risque d’être atteint augmente. Scott Moffat a remarqué que sur les 19 personnes dont ce taux a baissé, toutes ont été touchées par la pathologie dans les dix ans qui ont suivi.

    Dr JD

  • Joke

    Le 12 mars 2019

    Ces constats vont apporter de l'eau au moulin de ceux qui estiment que, preuve à l'appui, l'homme (mâle) est supérieur !

    Dr L

  • Où en est l'étude de la MGEN ?

    Le 12 mars 2019

    Quel est le type d’œstrogènes utilisé comme THS en Finlande: des œstrogènes équins comme aux USA (WHIMS) ? De l'ethinyl E2 ou du 17béta E2? Per os ou percutané comme majoritairement en France? Quand aurons-nous une étude sérieuse avec le THS le plus répandu en France ? Où en est l'étude de la MGEN?

    Dr Corinne Lefaucheur Vatin

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