Un antibiotique pour une bronchite, la porte ouverte à une autre bronchite et une autre antibiothérapie !

Un antibiotique est trop souvent prescrit aux enfants souffrant d’une infection bronchique virale. Ce traitement contribue à la résistance aux antibiotiques et aux effets secondaires comme l’infection à Clostridium difficile et à distance pourrait favoriser l’apparition d’un asthme. Cependant, on ne dispose pas de données sur la demande des parents et sur le risque d’un nouvel épisode de bronchite et d’une nouvelle antibiothérapie.

Des chercheurs en santé publique de Boston ont isolé un groupe d’enfants traités pour bronchite aiguë à partir d’une base de données d’assurances privées qui recense à travers les USA les sujets bénéficiant d’une couverture sociale prolongée. Ces enfants nés en 2008 avaient eu au moins un épisode de bronchite entre 2008 et 2015, considéré comme le point de départ de l’étude, les patients avec une maladie chronique et ceux qui avaient reçu un antibiotique (AB) pour une autre cause étant exclus.

Les 14 683 patients ainsi inclus avaient donc consulté au moins une fois pour un épisode de bronchite aiguë d’après le code diagnostique, dans un cabinet privé, pédiatre ou médecin généraliste, une consultation externe d’hôpital, aux urgences ou autre. Jusqu’au 31/12/2015, tous les épisodes de bronchite ont été enregistrés. Pour chacun, il a été noté la prescription ou non d’un AB. L’effet d’une telle prescription lors du premier épisode a été analysé au regard du risque ultérieur de nouvel épisode de bronchite et d’une nouvelle prescription d’AB.

Moins d’antibiotiques en cas d’asthme

Quarante-cinq pour cent des patients ont été à nouveau vus en consultation. Le temps écoulé entre le 1er épisode et les suivants a été pris en compte ainsi que les antécédents d’asthme, l’aire géographique, le lieu des consultations et les autres facteurs de confusion. Les enfants à qui un antibiotique avait été prescrit lors de l’épisode initial, en comparaison de ceux sans AB, avaient plus de risque de souffrir d’un nouvel épisode de bronchite [rapport de risques (RR) 1,23 ; intervalle de confiance à 95 % (IC) 1,17-1,30, P < 0,001] et de recevoir de nouveau un AB au second épisode [RR 2,13 ; IC 1,99-2,28, P < ,001]. La probabilité pour les enfants asthmatiques d’une seconde consultation pour une bronchite aiguë était accru mais le risque que soit prescrit un AB à cette occasion était moindre.

Selon cette étude, la prescription inappropriée d’un antibiotique lors d’un épisode initial de bronchite aiguë augmente le risque de nouveaux épisodes de bronchite et davantage encore celui d’une nouvelle antibiothérapie.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Morgan JR et coll. : Inappropriate antibiotic prescribing for acute bronchitis in children and impact on subsequent episodes of care and treatment. Pediatr Infect Dis J., 2019; 38: 271-274

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Vos réactions (4)

  • Douteux

    Le 05 mai 2019

    On peut s'interroger sur la validité des conclusions des études de ce genre. Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on essaie de démontrer la nocivité d'une "antibiothérapie inappropriée", en utilisant des arguments fallacieux.

    Il est très probable que les nourrissons qui reçoivent une antibiothérapie dite "inappropriée" sont ceux dont le tableau clinique est le plus préoccupant, et qui ont une moindre capacité à contrôler la dysbiose respiratoire associée aux viroses. Leurs symptômes majorés traduisent peut-être certains traits génétiques qui expliquent un risque accru de récidives.

    Autrement dit, il est totalement abusif de décréter un lien de causalité entre l'épisode d'antibiothérapie et la survenue d'épisodes ultérieurs. Un causalité est possible, mais nullement prouvée par la simple observation rétrospective d'une association.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Encore une accusation contre les antibiotiques

    Le 07 mai 2019

    Je suis tout à fait d'accord avec le Dr Rimbaud et je commence à m'ènerver devant ce refus qui devient systèmatique de prescription d'antibiotiques chez les enfants même si l'evidence d'une surinfection est présente ou certaine dans les 24h,avec des terrains fragiles etc..J'ai ainsi vu ma petite nièce de deux ans et demi souffrir d'une otite deux semaines avant qu'un medecin "n'ose" lui prescrire cinq jours d'Antibiotiques adaptés qui ont résolu le probleme en 48h.

    Cela commence à bien faire,et toutes ces ètudes,de plus dans un contexte USA qui n'est pas du tout le même que chez nous,où la prescription d'antibiotiques ne se fait pas du tout comme chez nous,en doses et durée de traitement ça commence à bien faire.

    Veronique Raphel medecin-infirmière

    P.S:A quand les antibiotiques sur liste des stupefiants?

  • Prescription irrationnelle

    Le 09 mai 2019

    Deux remarques:

    - d'après la revue "Prescrire", qui ne raconte pas que des bêtises, l'antibiothérapie n'a aucun avantage par rapport au placebo dans les bronchites de l'adulte. Dans les rhinopharyngites de l'enfant (encore parfois appelées "angine rouge" donc Amoxicilline) l'antibiothérapie est inutile dans 90% des cas (et l'on sait maintenant que 70% des otites aiguës guérissent sans AB).

    - une étude danoise a montré que les maladie auto-immunes étaient plus fréquentes chez les enfants ayant reçu une antibiothérapie avant 5 ans.
    Mais le plus stupéfiant dans cette étude, c'est que 50% des enfants danois n'avaient reçu aucun antibiotique avant l'âge de 5 ans, alors qu'en France, pratiquement aucun enfant n'y échappe (à part quelques uns soignés par homéopathie).

    On mesure alors le côté totalement irrationnel de la prescription des antibiotiques en France: juste une mauvaise habitude!

    Dr Jean-Jacques Perret

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