Un indice pour déterminer le besoin d’anti-venin après une piqûre de scorpion

L'envenimation par les scorpions entraîne des manifestations cliniques localisées (douleur, œdème) ou systémiques (nausées, vomissements, hypersalivation, douleur thoracique, hypotension, choc), voire le décès. L'administration d'un antivenin est la norme chez les patients présentant une envenimation sévère. Toutefois, en raison du risque de réaction d’anaphylaxie, l’anti-venin doit être réservé à certains patients.

En Turquie, les espèces de scorpions Mesobuthus et Androctonus sont endémiques. Un antivenin scorpionique monovalent dérivé du plasma de cheval envenimé, produit au Centre d'hygiène Refik Saydam (Ankara, Turquie), est utilisé pour les envenimations scorpioniques depuis 1942.

L'indice de perfusion périphérique (IPP) est un test simple et non invasif

L'indice de perfusion périphérique (IPP) est un test simple et non invasif qui est largement utilisé pour la détection de l'hypoperfusion périphérique. Sa valeur pourrait aider à prédire la nécessité d'administrer un antivenin en cas d'envenimation par un scorpion. D’où l’objet de cette étude observationnelle prospective menée dans le service des Urgences d'un centre de soins tertiaires en recrutant consécutivement des adultes présentant une envenimation scorpionique des extrémités (à l’exclusion des femmes enceintes et des patients porteurs d’une pathologie artérielle périphérique) entre le 1er mars 2021 et le 31 octobre 2021. Les IPP ont été mesurés à la fois sur les extrémités affectées et controlatérales avant toute décision thérapeutique. Les niveaux d'IPP, les paramètres vitaux et les devenirs des patients ont été comparés entre ceux ayant reçu un antivenin et ceux n’en ayant pas reçu.

Vingt-neuf hommes (58,0 %) et 21 femmes (42,0 %) ont été inclus dans l'étude. L'âge médian était de 46,5 ans [intervalle interquartile IQR 33,3]. Comme habituellement rapporté dans d’autres séries, les piqûres de scorpion ont le plus souvent concerné le membre supérieur droit (n = 18, 36,0 %), puis le membre inférieur droit (n = 12, 24,0 %), le membre supérieur gauche (n = 11, 22,0 %) et le membre inférieur gauche (n = 9, 18,0 %). La durée médiane entre la piqûre et l'admission aux urgences était de 90 [IQR 120] minutes. Trente-huit patients (76,0 %) ont eu une piqûre de classe I (locale), cinq (10,0 %) une piqûre de classe II (ne mettant pas leur vie en danger) et sept (14,0 %) une piqûre de classe III (mettant leur vie en danger).

La durée médiane entre la piqûre et l'admission aux Urgences était de 90 [IQR 120] minutes. À l'admission, l'IPP médian était de 3,9 [IQR 5,2] sur le membre affecté et de 4,3 [IQR 5,8] sur le membre controlatéral. Il n'y avait pas de différence statistiquement significative pour l'IPP entre les extrémités affectées et controlatérales (p = 0,975) ou entre les extrémités supérieures et inférieures (p = 0,602).

Sur les 50 patients, 46 (92,0 %) sont sortis directement du service des Urgences ; quatre (8,0 %) ont été admis en unité de soins intensifs et la durée médiane de séjour a été de 1 jour [IQR 1]. Aucune intervention chirurgicale n'a été nécessaire et tous les patients ont survécu. Un antivenin a été administré chez 13 (26,0 %) patients, sans déclencher de réaction allergique ou d'autres effets indésirables. Le nombre médian de flacons d'antivenin administrés a été de 2 [IQR 1].

L'IPP était significativement plus faible chez les patients qui ont dû recevoir un anti-venin...

… à la fois sur les extrémités affectées et sur les extrémités controlatérales (p = 0,043 et p = 0,045, respectivement). Avec une valeur seuil de 2,4, l'IPP peut prédire la nécessité d'administrer un antivenin avec une sensibilité de 61,54 %, une spécificité de 86,5 %, un rapport de vraisemblance positif de 4,55, un rapport de vraisemblance négatif de 0,44, une valeur prédictive positive de 61,54 %, une valeur prédictive négative de 86,49 % et une précision de 80 % (AUC 0,691, p < 0,05).

Certes, cette étude n’est guère exempte de limitations : faible nombre de patients ayant reçu un antivenin ; population de patients principalement constituée de patients ayant subi des piqûres de scorpion de grade I ; non-exclusion des patients prenant des vasodilatateurs périphériques qui peuvent influencer les lectures des IPP.

Néanmoins, comparé à d'autres paramètres vitaux, l'indice de perfusion périphérique peut mieux refléter l'inflammation systémique en cours. Ce test non invasif, facile et reproductible peut jouer un rôle important dans la détection des patients ayant besoin d’un anti-venin dans la phase précoce de l'envenimation par le scorpion. Il serait intéressant de pouvoir l’appliquer lors d’envenimations par d’autres espèces de scorpions, de vipères et de serpent afin de mieux discerner les victimes redevables de sérothérapie.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Yunus Emre Özlüer et coll. : Low peripheral perfusion index values may indicate the need for antivenom in the early phase of scorpion envenomation. Am J Emerg Med., 2022 ; 56 : 104-106, doi.org/10.1016/j.ajem.2022.03.056.

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