L’étrange course aux échantillons sanguins de virus Ebola

Paris, le mardi 19 février 2019 - Les centaines de milliers de prélèvement sanguins réalisés lors de l’épidémie de fièvre hémorragique Ebola en Afrique de l’Ouest entre 2014 et 2016 sont une mine d’information sur ce virus. Les instituts scientifiques du monde entier se sont lancés dans une véritable course aux échantillons, dans des conditions parfois douteuses.

Entre 2014 et 2016, l’épidémie de virus Ebola a provoqué la mort de 11 000 personnes en Afrique de l’Ouest, principalement en Guinée-Conakry et au Liberia. Durant cette épidémie, près de 269 000 prélèvements sanguins ont été réalisés, dont 24 000 positifs selon les chiffres de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Des prélèvements qui constituent une source d’informations importante sur le virus et dont l’analyse pourrait permettre de faire face à des questions concernant notamment l’évolution du virus où la réponse immunitaire des survivants.

De nombreux instituts scientifiques occidentaux publics comme privés se sont donc lancés dans une course aux échantillons, à la fois pour les étudier et pour les sécuriser, certains craignant en effet que les conditions de conservation des échantillons, très précaires en Guinée et au Libéria, ne constituent un risque sanitaire trop important. Les autorités américaines, le Center for Disease Control and Prevention (CDC) et l’armée en tête, ont notamment récupéré plusieurs milliers d’échantillons afin de les stocker aux États-Unis et de les irradier pour les rendre inoffensifs.

Comme le révélait récemment un reportage complet du Monde, la collecte de ces échantillons par les scientifiques s’est malheureusement faite dans un certain anarchisme. Ainsi, de nombreux médecins occidentaux venus aidés à combattre l’épidémie sont repartis avec des échantillons dans leur valise, avec l’accord tacite des autorités locales. Dans la plupart des cas, les patients n’ont pas donné leur accord, au mépris de toute règle juridique et rien n’est fait pour conserver leur anonymat.

Opacité

Ainsi, on ignore exactement combien d’échantillons ont été exportés d’Afrique de l’Ouest et la trace de nombre d’entre eux a été perdue. Par ailleurs, la plupart des institutions scientifiques européennes et américaines qui ont pu récupérer des prélèvements Ebola ne font pas preuve d’une grande transparence, opposant le secret-défense aux investigations des journalistes. Le projet de l’OMS de dresser un inventaire des échantillons et de mettre en place une biobanque accessible à tous est rapidement tombé à l’eau.

Rappelons que les recherches sur Ebola constituent pourtant une priorité, à l’heure où une épidémie sévit dans le nord-est de la République démocratique du Congo, dans la région du Kivu. Depuis le 1er août dernier, l’épidémie a provoqué la mort de 534 personnes, pour 838 cas. L’épidémie pourrait cependant être sur le déclin, puisqu’aucun nouveau cas n’a été détecté à Béni, épicentre de l’épidémie, depuis trois semaines.

Quentin Haroche

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