Violences conjugales : cachez cet alcool que je ne saurais voir

Paris le lundi 21 octobre 2019 - Dans deux lettres ouvertes au gouvernement, des proches de malades d’alcoolisme et des addictologues dénoncent l’absence de la question de l’alcool lors du "Grenelle" des violences conjugales.

Le gouvernement aurait-il un problème avec l’alcool ? Non pas que nos ministres en seraient dépendants, mais plutôt qu’ils aient bien du mal à reconnaitre les ravages liés à l’alcool. Alors que le Président de la République a plusieurs fois défendu les vertus du vin et que les divers plans de lutte contre l’addiction présentés par ce gouvernement sont très timorés quant à la question de l’alcool, c’est aujourd’hui la non-évocation du rôle de l’alcool dans les violences conjugales qui pose question alors que se tient depuis septembre un "Grenelle" des violences conjugales.

Deux lettres ouvertes publiés ce lundi dans le Figaro et rédigés l’une par le collectif des proches de malades alcooliques (CoPMA), l’autre par des addictologues, dénoncent ce tabou français.

Un lien clair entre alcoolisation et violence

Pour les auteurs de ces lettres, il ne fait aucun doute que l’alcool « est un facteur majeur causal des violences envers les femmes ». L’analyse des 121 "féminicides" perpétrés en 2018 révèlent que dans 55 % des cas, l’auteur des faits ou sa victime était sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants. Si l’alcoolisation de l’homme, en ce qu’il le rend plus violent et impulsif, augmente logiquement la survenue de violence conjugale, l’alcoolisation de la victime joue également un rôle, en diminuant ses capacités de défense.

D’autres études viennent confirmer ce lien entre alcool et violences conjugales. L’université de Buffalo a ainsi prouvé que l’alcool augmentait la fréquence des violences verbales. Une analyse des journaux intimes de victimes de violences conjugales tendrait quant à elle à montrer que la probabilité d’une agression physique était multipliée par huit les jours où l’homme consommait de l’alcool. Enfin, d’après une étude mené en 2008 aux États-Unis, les hommes qui abusent ou qui sont dépendants de l’alcool ont trois fois plus de chance d’être violent avec leur conjoint.

Pour les addictologues, il est particulièrement important d’évoquer le rôle de l’alcool dans les violences conjugales car « s’il n’est pas le seul facteur impliqué dans ces drames », il s’agit une cause « massive » et surtout sur laquelle « les pouvoirs publics ont la possibilité d’agir ».

Diverses mesures sont ainsi proposées. Pour les spécialistes, il s’agit tout d’abord de pouvoir mieux connaitre l’ampleur du phénomène, notamment en mettant en place un registre de suivi des violences liés à l’alcool et aux psychotropes.

Faire diminuer la consommation globale d’alcool dans la population

De manière plus pragmatique, les associations demandent que le gouvernement mette en place un plan visant à une diminution globale de la consommation d’alcool, plusieurs études ayant prouvé qu’une telle diminution entrainerait une baisse des violences de manière globale. Parmi les mesures proposées dans ce cadre, citons notamment la fixation d’un prix minimum de l’alcool, l’interdiction de la publicité ou un encadrement des heures de consommation d’alcool. Enfin, il est préconisé de généraliser les obligations de soin prononcés par la justice à l’encontre des conjoints alcooliques violents. Autant de mesures qui ne figurent pas, pour le moment, au programme du "Grenelle" des violences conjugales qui doit prendre fin le 25 novembre.

Pour conclure leur lettre, les addictologues enjoignent le gouvernement à prendre enfin en compte le rôle de l’alcool dans les violences conjugales et à briser ce tabou, afin de sauver des vies. « Les passages à l’acte violents, en particulier contre les femmes, sont évitables pour peu qu’ils ne soient pas occultés et que nous les affrontions avec détermination ».

Q.H.

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