Agnès Buzyn prise en flagrant délit de conflits d’intérêts ?

Paris, le vendredi 27 octobre 2017 – Mai 2017, Agnès Buzyn est nommée ministre de la Santé. Très vite, la presse signale que l’hématologue, ancienne présidente de l’Institut national du cancer (Inca), est également l’épouse d’Yves Lévy, directeur de l’Inserm. Le risque de « conflits » d’intérêts est signalé, d’autant plus qu’Agnès Buzyn s’est déjà illustrée par le passé par des déclarations suggérant une appréciation moins psychorigide que d’autres de cette question. Pour mettre fin à toute polémique, Matignon prend les devants : tout ce qui relève de l’Inserm sera du ressort du Premier ministre.

L’Inserm, ennemi des IHU

Mais difficile de toujours déterminer la frontière. Agnès Buzyn a dû se pencher sur la question de la personnalité juridique des instituts hospitalo-universitaires (IHU). Ces instances créées en 2010 sont assimilées à des « fondations » indépendantes et jouissent donc d’une personnalité morale et d’une certaine autonomie vis-à-vis notamment de l’Inserm. Le patron de ce dernier, Yves Lévy, n’a jamais caché son hostilité envers le statut spécifique des IHU, allant même jusqu’à diffuser des documents argumentés pour expliquer les défauts du système. Le 2 octobre, la décision tombe : Agnès Buzyn et Frédérique Vidal (chargée de l’Enseignement supérieur) indiquent que « Les projets soumis devront (…) proposer une gouvernance sans fondation support afin d’associer pleinement le CHU, l’université et l’organisme de recherche ». En clair, les projets ayant vocation à arborer le titre d’IHU ne bénéficieront plus du statut de fondation.

Vous avez vu un conflit d’intérêts ?

En prenant une telle décision Agnès Buzyn a-t-elle répondu à un vœu de son mari ou jugé en conscience ? S’est-elle penchée sur un dossier concernant de manière globale la recherche française ou a-t-elle violé l’accord signé en mai dernier quant à son impossibilité de traiter d’affaires concernant l’Inserm ? Si le cabinet du ministre affirme qu’Agnès Buzyn était dans son rôle, certains des arguments mis en avant manquent de solidité. Ainsi, le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) cité pour justifier la fin de la personnalité morale des IHU ne prône nullement aussi clairement une telle voie. Pour le professeur Richard Frackowiak, chef du service de neurologie au CHU de Lausanne (Suisse), et président du jury international des IHU, qui a démissionné après la décision d’Agnès Buzyn, le conflit d’intérêts ne fait aucun doute. Il semble également ne pas avoir échappé à Matignon qui vient d’indiquer que l’annonce des ministres n’était nullement définitive et que le choix exprimé concerne « le statut de fondation de coopération scientifique, pas la notion de personnalité morale en tant que telle ». Avec cette pirouette, Edouard Philippe entend reprendre la main sur le dossier tout en évitant de confirmer l’existence d’un dépassement de son champ d’action par Agnès Buzyn. Mais son intervention semble déjà un "aveu".

Aurélie Haroche

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Vos réactions (3)

  • Grosse mafia

    Le 27 octobre 2017

    Marre de la mafia au pouvoir!
    Ras le bol des conflits d’intérêts!
    Je ne supporte plus toutes ces magouilles, justice pitié que justice soit fait pour tous ces magouilleurs professionnels.

    François Melonio

  • Ne faites pas ce que je fais

    Le 29 octobre 2017

    Gouvernement Macron, faite ce que je dis, pas ce que je fais ! https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000028056315

    Benoit Durand

  • Tenir la route

    Le 05 novembre 2017

    Pour une fois que l’on a une ministre de la santé compétente, il faut vite la rabaisser! Et rester dans la médiocratie qui tue la France.

    Dr Bernard Buguet

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