Infirmières et kiné vent debout contre la Cour des comptes

Paris, le mercredi 16 septembre 2015 – Comme nous l’avons signalé hier, la Cour des Comptes a rendu public hier son rapport sur les comptes de la Sécurité et sociale et a choisi cette année (entre autres) de se concentrer sur les dépenses « liées à l’activité des infirmiers et des masseurs-kinésithérapeutes ». Ces dernières ont en effet progressé de 5,7 % par an depuis 2000, atteignant 10,7 milliards d’euros en 2014. Bien sûr, la Cour des Comptes n’oublie pas que ces professionnels « jouent un rôle essentiel en matière de prévention, de traitement et d’accompagnement des patients ». Elle est également consciente que le vieillissement de la population, le poids croissant des maladies chroniques et le développement de la prise en charge ambulatoire contribueront au renforcement de cette évolution.

Une dynamique des dépenses entretenue par la démographie professionnelles

Néanmoins, elle estime que ces différents facteurs ne sont pas seuls en cause, voire même pas nécessairement principaux. « Les données disponibles mettent en évidence que la dynamique des dépenses (…) est entretenue par celle de la démographie des professions concernées, du fait de quotas d’entrée en formation qui, après le passage aux 35 heures des établissements de santé, se sont stabilisés à un très haut niveau au lieu de décroître. Elle est soutenue aussi par des disparités considérables de répartition territoriale qui se creusent sans cesse davantage » analyse la Cour. Face à cette situation, les magistrats de la rue Cambon souhaitent la mise en place d’un « plan d’action complet » : augmenter les contrôles de l’Assurance maladie sur la « réalité des prestations facturées et leur conformité à la réglementation et aux prescriptions », stopper la progression des effectifs et favoriser une répartition harmonieuse sur le territoire et mettre en place des « forfaits » pour réguler les dépenses constituent les principales recommandations des magistrats.

Les infirmières et kinésithérapeutes vecteurs d’économie

Tant leur diagnostic que leurs préconisations ont été vertement critiqués par une majorité de représentants des kinésithérapeutes et des infirmiers. La Fédération française des masseurs kinésithérapeutes rééducateurs (FFMKR) a ainsi jugé « consternant » le rapport de la Cour des comptes et regrette la multiplication des attaques contre la profession de kinésithérapeute (à l’heure où la Confédération des syndicats des médecins de France appuie au Sénat le dépôt d’amendements restreignant l’accès à ces soins). Pour la FFMKR, la Cour des Comptes méconnaît l’importance du développement de la prise en charge ambulatoire et ses conséquences sur l’augmentation des dépenses liées aux actes des kinésithérapeutes… et la diminution des coûts hospitaliers. « Il ne peut y avoir de virage ambulatoire, avec des retours à domicile précoces, afin d'éviter de laisser les patients dans des services de soins de suite et de réadaptation au coût cinq fois plus élevé qu'en cabinet, sans conséquences. Forcément il y a une augmentation des soins des kinés libéraux. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre » analyse Daniel Paguessorhaye, patron de la FFMKR.

Cette analyse est partagée par les infirmières ; la présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (SNIIL), Annick Touba remarque : « Depuis plusieurs années on reste de moins en moins longtemps à l’hôpital. Quand les patients sortent il y a des sutures, des pansements, des piqûres à réaliser. Une infirmière passe tous les jours chez les patients. S'est-on demandé combien sa présence avait évité d'hospitalisations ? ».

Des situations plus complexes que de simples statistiques

Concernant la mauvaise répartition des professionnels, les infirmières tiennent à rappeler qu’elles ont été les premières à signer avec l’Assurance maladie un accord conditionnant, dans les zones les plus dotées, toute nouvelle installation à un départ. Par ailleurs, infirmières et kinésithérapeutes invitent à éviter une vision trop mathématique : le nombre de professionnels est également fonction du vieillissement des populations locales, de même que les disparités en ce qui concerne le nombre d’actes par professionnel (également dénoncées par la Cour des Comptes). Cette appréciation très semblable de la situation entre les syndicats et les professionnels s’érode quelque peu en ce qui concerne la mise en place de forfaits. Si les kinésithérapeutes s’inquiètent d’une telle perspective (notamment parce qu’ils en ignorent les détails), certains chez les infirmières, dont Philippe Tisserand au sein de la Fédération nationale des infirmières (FNI) rappelle qu’une partie de la profession milite depuis longtemps pour la fin du système « pervers » du paiement à l’acte.

En dépit de quelques bémols, la teneur de ces réactions confirme que le changement sera particulièrement difficile et que les autorités ne peuvent se contenter de diagnostics statistiques pour appréhender l’ensemble des mécanismes en jeu et surtout pour emporter la conviction de professionnels attachés, avec raison, à leur liberté, contrepartie de nombreuses contraintes.

 

https://www.ccomptes.fr/content/download/85047/2060690/version/1/file/20150915-rapport-securite-sociale-2015-depenses-soins-infirmiers-masso-kinesitherapie-en-liberal.pdf

Aurélie Haroche

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Vos réactions (4)

  • Estimations , calculs ou opinion gratuite ?

    Le 16 septembre 2015

    "la Cour est également consciente que le vieillissement de la population, le poids croissant des maladies chroniques et le développement de la prise en charge ambulatoire contribueront au renforcement de cette évolution" , rapportez-vous.
    Avec le rapport en main pouvez vous nous dire si la Cour a mesuré chacun de ces items , et avec quels paramètres et outils ?
    "Elle estime que ces différents facteurs ne sont pas seuls en cause, voire même pas nécessairement principaux. « Les données disponibles mettent en évidence ..."": Encore une fois , s'agit-il d'une estimation mathématique, avec protocole de mesure à l'appui, ou d'une "évidence" du genre : plus il y a d'infirmières et MKDE plus il y a de soins ?
    Parce que sans aller plus loin, des corrélations débiles (au sens relation statistique de très faible niveau, avec donc en toute rigueur une relation que l'on ne peut pas appeler "preuve") amènent à des conclusions débiles (au sens que le lecteur voudra lui donner).
    "La Cour est consciente et la Cour estime" , soit . Je lui demande de prouver, et que cette preuve soit indiscutable, sinon la Cour se rabaisse au niveau des incantations, et ce n'est plus qu'un avis politique.
    Dr F.Chassaing

  • Impossible de soigner-éduquer-prévenir correctement

    Le 20 septembre 2015

    Les commentaires de nos syndicats et de notre ordre des kinésithérapeutes ont également indiqué, ce qui est nouveau, la relation entre rémunération et qualité des soins. Les tarifs bloqués depuis des dizaines d'années donnent actuellement ce résultat surréaliste qu'un kiné, débutant ou expérimenté est censé être rémunéré à une moyenne de 17€ l'acte. Cela rend exactement impossible de soigner-éduquer-prévenir correctement. Personne n'a eu le courage d'indiquer ce fait comme, à mon avis, principal parmi les nombreuses malfaisances de notre système, la même chose pour les médecins et les infirmiers. Je le rabâche en vain jusqu'à présent, un énorme gâchis de mauvais soins et d'inutiles dépenses, et une perte de confiance des patients, des médecins vis-à-vis des kinés, ce qui est logique.

    MF Hugot, Kinésithérapeute depuis 1965

  • Et si ces Messieurs de là-haut se rapprochaient de la Réalité !

    Le 20 septembre 2015

    C'est à n'y rien comprendre ! D'un coté les infirmières coutent trop cher à la Sécutité Sociale et de l'autre, en lien avec les ARS , elles développent les prises en charges par les HAD dans le but d'écourter les séjours à l'hôpital. Quand on sait qu'une IDE est rémunérée 7 euros pour une injection (déplacement compris) alors que le même acte est rémunéré 100 euros (prix moyen de journée en HAD pour une injection ! ) quand il est effectué par l'HAD, quelqu'un peut-il m'expliquer de qui se moque-t-on quand "on" nous dit qu'on coûte trop cher ?
    L'HAD coute bien moins cher que l'hôpital certes, mais beaucoup plus cher qu'une IDE.
    Quand la Cour des Comptes aura un moment, peut-être pourrait-elle calculer combien la Sécu pourrait économiser si elle privilégiait la prise en charge par les infirmiers libéraux de ville plutôt que l'HAD ?
    Quand on veut réellement faire des économies, on étudie toutes les possibilités au lieu de se cantonner à des statistiques vides de sens!
    Et oui ! Combien les paramédicaux ont-ils fait économiser à la SS en prenant en charges des patients après leur séjour (de plus en plus court) à l'hôpital? A vouloir le beurre et l'argent du beurre, on perd toute crédibilité ! D'un coté nos "éminences grises"(hum hum) réfléchissent sur les moyens de diminuer considérablement les séjours hospitaliers et de l'autre, elles critiquent le fait que les soins de ville augmentent (quand elles ne choisissent pas de payer quelqu'un plus cher pour le même travail !). On nage en plein délire...Les généralisations péremptoires sont dangereuses, elles ne donnent qu'une vision erronée des faits. De plus, nous sommes déjà assujetties à un numerus clausus donc comment peut-on être trop nombreux (ses)?
    E.H Saadia, IDEL

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