Les éboueurs ont-ils ouvert la voie aux internes ?

Paris, le mardi 21 mars 2023 – Les syndicats d’internes appellent les futurs médecins à cesser le travail pendant une journée pour démontrer leur importance dans le système de santé.

Cesser le travail subitement semble un bon moyen de démontrer rapidement l’importance et la nécessité de son travail afin d’exiger un peu plus de considération. Après les éboueurs les internes l’ont bien compris : le syndicat des internes des hôpitaux de Paris (SIHP) et l’intersyndicale nationale des internes (ISNI) ont donc annoncé ce lundi qu’ils allaient organiser une « première journée nationale sans internes ». « L’hôpital n’a pas besoin d’internes pour fonctionner ? Alors voyons comment il fonctionne sans nous ! Rappelons au gouvernement et à la population l’importance de notre travail de soignants et l’impact que notre absence a sur le système » lance le syndicat d’internes parisiens, alors que ces futurs médecins constituent 40 % des effectifs médicaux des hôpitaux.

Concrètement, les deux syndicats vont déposer un préavis national de grève reconductible pour le 28 avril prochain. Une date qui n’a pas été choisie au hasard, puisqu’elle correspond au dernier jour ouvré du stage d’hiver : les internes qui feront grève ce jour là n’auront donc pas à « subir de répercussion sur la fin de stage » explique le communiqué du SIPH. Cette date lointaine permettra également aux services « prévenus longtemps à l’avance de s’organiser de manière à pouvoir fonctionner sans internes une journée ».

La question du temps de travail toujours au cœur des débats

Les revendications des syndicats d’internes pour cette prochaine journée de mobilisation sont triples. En premier lieu, ils souhaitent la mise en place d’un « dispositif fiable, objectif et accessible de décompte horaire du temps de travail ». En juin dernier, après des années de combat de la part de l’ISNI, le Conseil d’Etat avait rappelé que les hôpitaux avaient l’obligation de mettre en place un système fiable de décompte du temps de travail du personnel soignant, afin de veiller à ce qu’il ne dépasse pas le maximum horaire fixé par le droit européen, à savoir 48 heures par semaine.

Depuis, les syndicats d’internes ont mis en demeure plus de 400 établissements hospitaliers et 28 procédures sont actuellement en cours devant des juridictions administratives. Le 20 février dernier, les hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) ont été les premiers à être condamné par un juge administratif à mettre en place un dispositif de décompte du temps de travail. Entre temps, le gouvernement a mis en place un mécanisme particulièrement complexe, puisque ce n’est qu’après un an de procédure tortueuse qu’un hôpital ne respectant pas la durée légale du travail pourra être sanctionné. « D’après une enquête réalisée par l’ISNI en 2020, les internes travaillent en moyenne plus de 58h par semaine et parfois plus de 100 : plus le temps de travail se rallonge, plus le risque d’accident augmente » rappelle le SIPH.

Des futurs médecins payés en dessous du SMIC

Deuxième revendication qui concerne tout particulièrement les internes parisiens, la mise en place d’une aide au logement. Le SIPH demande ainsi « la mise en place d’une indemnité logement indexée sur le prix du loyer ne pouvant être inférieure à 300 euros ». Les internes exerçant en région parisienne sont en effet souvent dans l’incapacité de se loger près de leur lieu de stage, confronté à des prix du logement trop élevés pour leur salaire. « La rémunération des internes est la même sur tout le territoire métropolitain, alors que le prix des loyers varie drastiquement d’un endroit à l’autre » rappelle le SIPH. Une enquête d’opinion récente menée par le syndicat représentatif parisiens des internes de médecine générale (SRP-IMG) avait montré que la proximité du lieu de stage avec leur logement était devenu le critère principal de choix du stage, au détriment du projet professionnel.

Une question liée à la troisième et dernière revendication des syndicats, qui exigent assez classiquement une hausse de la rémunération des internes. « Un interne en début de cycle gagne en moyenne 6,4 euros de l’heure, c’est moins que le SMIC horaire pour un travail à BAC +6 avec de grandes responsabilités et des conditions d’exercice de plus en plus difficiles avec un pouvoir d’achat diminuant avec l’inflation » s’insurge le SIPH, qui demande une revalorisation salariale de tous les échelons de 300 euros par mois.

Il faudra attendre le 28 avril pour connaitre l’ampleur de la mobilisation et pour savoir si les autorités sont contraintes de procéder à des réquisitions d’internes pour empêcher la désorganisation des services. On notera un grand absent parmi les revendications des internes : le combat contre la 4ème année d’internat de médecine générale, pourtant très décriée par l’ISNI.

Cette nouvelle année d’étude ayant été adoptée dans le cadre de la dernière loi de financement de la Sécurité Sociale (LFSS), les internes se sont apparemment fait une raison.

Quentin Haroche

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