L’OMS fait le bilan de l’ère Covid : des années de progrès anéantis… et des polémiques toujours présentes

Genève, le lundi 22 mai 2023 – Trois ans après le début de la pandémie, l’assemblée mondiale de la santé est l’occasion de faire le point sur l’état du monde post Covid-19.

Le 5 mai dernier, le monde est entré dans l’ère post Covid quand l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a décrété que la Covid-19 n’était plus une « urgence de santé publique internationale », trois ans et demi après l’apparition de la maladie. Deux semaines plus tard ce vendredi, l’agence onusienne a dressé un bilan de ces trois années si particulières pour la santé du monde, en marge de l’ouverture de l’Assemblée mondiale de la santé, réunion plénière de l’OMS qui se tient du 21 au 30 mai à Genève.

Première conséquence évidente de cette pandémie : la Covid-19 a tué officiellement 6,9 millions de personnes. Un bilan officiel très sous-estimé de l’avis de tous les observateurs. Si le journal britannique The Economist a récemment estimé, grâce à un modèle élaboré par une intelligence artificielle, que la pandémie avait causé la mort, directement ou indirectement, de 22 millions d’individus, l’OMS a elle arrêté ses comptes au 31 décembre 2021 et estime que 15 millions d’humains sont morts à cause de la Covid-19 durant les deux premières années de la pandémie. Des chiffres incomplets qui montrent que « la pandémie de Covid-19 n’était pas seulement une urgence sanitaire, mais également une crise statistique » avec des remontées de données très difficiles, comme l’explique Stephen MacFeely, directeur des données à l’OMS.

Vers un traité international sur les pandémies

Dans son état des lieux, l’agence onusienne s’est également intéressée aux conséquences indirectes sur la santé de la pandémie. L’OMS constate avec amertume que les trois années de Covid-19 ont été marquées par un fort ralentissement des nombreux progrès fait au début du siècle dans la lutte contre les maladies infectieuses (paludisme, VIH, tuberculose…) notamment dans les pays les plus pauvres.

Ainsi, entre 2020 et 2023, la vaccination contre la diphtérie, le tétanos, la poliomyélite et la coqueluche (DTPC) a diminué de 6 % dans le monde et le nombre de patients atteints de la tuberculose sous traitement est passé de 69 à 61 %. « La pandémie de Covid-19 nous rappelle que les progrès ne sont ni linéaires, ni garantis » prévient Samira Asma, directrice adjointe de l’OMS chargée des données.

Mais ce rapport annuel de l’OMS est également l’occasion de regarder vers l’avenir et les nouveaux défis qui s’ouvrent pour l’agence onusienne. Le Dr Thedros Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, espère que cette nouvelle Assemblée mondiale permettra l’élaboration d’un nouveau traité international sur les pandémies, qui permettra de mieux coordonner l’action des différents Etats du monde (qui se sont parfois concurrencés durant l’épidémie de Covid-19) en cas de nouvelle crise sanitaire. L’ancien ministre éthiopien espère obtenir le même succès que pour la convention cadre de lutte antitabac (CCLAT), seul traité international contraignant que l’OMS a réussi à mettre en place en 75 ans d’existence.

Si le rapport insiste sur la nécessité de relancer la vaccination et la lutte contre la tuberculose dans les pays pauvres et de rester vigilant face à la Covid-19, l’OMS rappelle que ce sont désormais les maladies non transmissibles (MNT) qui représentent la priorité de l’organisation. Ces maladies représentent déjà 75 % des décès actuellement et seront à l’origine, selon les estimations de l’OMS, de 86 % des 90 millions de morts annuels en 2050. « Le rapport appelle à une augmentation substantielle des investissements dans la santé et les systèmes de santé pour se remettre sur la bonne voie » commente le Dr Thedros.

La fin de la Covid-19…et le retour des polémiques

Le rapport de l’OMS évoque également les conséquences sanitaires du réchauffement climatique, « l’un des plus grands défis sanitaires du XXIème siècle ». L’OMS estime que près de la moitié de la population mondiale (3,6 milliards d’individus) vivent dans des milieux très vulnérables aux effets du changement climatique, essentiellement dans les pays pauvres. Sur un sujet proche, l’OMS alerte sur le fait que la quasi-totalité de la population mondiale respire un air pollué en particules fines, à des seuils supérieurs à ceux fixés par l’agence onusienne. La pollution atmosphérique a certes diminué dans le monde ces dernières années mais est responsable de 6,7 millions de morts par an.

Alors que la Covid-19 n’est plus au centre des préoccupations, les sujets d’intérêt seront nombreux durant cette Assemblée mondiale de la santé. Une réunion qui ne devrait pas, comme chaque année, être épargnée par les polémiques. Récemment, plusieurs responsables de pays européens ont demandé la réintégration de Taiwan au sein de l’OMS, au grand dam de la Chine, qui refuse de voir l’autonomie de l’île reconnue et dont la main mise sur l’OMS a été très décriée ces dernières années.

Grégoire Griffard

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