Sexistes, les études de médecine ? La réponse est sans doute oui !

Paris, le vendredi 17 novembre 2017 - Pour lutter contre le sexisme, il faut d’abord l’évaluer avait justement diagnostiqué l'intersyndicale nationale des internes (ISNI) en lançant son étude « Hey doc, les études de médecine sont-elle sexistes ? ». C’est désormais chose faite. Le syndicat a ainsi dévoilé les résultats de ce sondage, qui s’adressait à tous les internes et auquel 2 946 (dont 75 % de femmes) ont répondu.  L’étude, bien que non représentative, esquisse les contours d’un sexisme omniprésent.
Les questions posées aux étudiants distinguaient le sexisme quotidien ou ordinaire (blagues, remarques à connotation sexuelle) du harcèlement (gestes, violences sexuelles).

86 % des étudiants en médecine confrontés à des comportements sexistes

D'après ce sondage, dont les résultats ont été rendus publics ce vendredi, 86 % des étudiantes et des étudiants ont été confrontés à des comportements sexistes dont 8,6 % à du harcèlement sexuel. Dans le détail, 6,6% s’en déclarent victimes et 2%, qui ne s’identifient pourtant pas comme des victimes, ont donné des réponses qui caractérisent cette situation. En outre, 34 % relèvent des « attitudes connotées », comme le contact physique ou le geste non désiré (65 %), la simulation d’acte sexuel (9 %), la demande insistante de relations sexuelles (14 %) ou le chantage à connotation sexuelle (12 %).
Selon cette étude, 88,4% des internes déclarent avoir été témoins de blagues sexistes dont 35% de manière répétée, et dans 48 % des cas, ce sont des supérieurs hiérarchiques qui en seraient à l'origine et en particulier au bloc opératoire (un quart des actes déclarés).
Cette banalisation serait, selon l’ISNI dû en premier lieu à l’absence totale d’information, de dialogue et de prévention sur le sujet… ainsi que l’invocation systématique de l’humour.

Les patients ne sont pas en reste !

Mais le sexisme vient aussi des patients, qui, quand ils croisent une femme en blouse, pensent d'abord qu'elle est infirmière, et s'adressent plus volontiers à des hommes : selon l'étude menée par l'INSI, lorsqu’un interne entre dans la chambre d’un patient, dans 1,5 % des cas, il est pris pour l’infirmier. En revanche, lorsqu’une interne entre dans la chambre d’un patient,  elle est considérée comme infirmière dans 71,50 % des cas. Preuve, que dans l'esprit des patients, l'expertise médicale est encore largement masculine.

Les salles de gardes innocentées ?

Le directeur de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris a récemment fait part de son souhait que soient repeintes certaines fresques de salle de garde trop grivoises. Mais le président de l’ISNI, Olivier Le Pennetier fait valoir à France Info que « concernant la question des internats, ou "salles de garde", ce sont des lieux un peu compliqués à cerner, car c’est très difficile à généraliser : à l’échelle du territoire, dans beaucoup de ces salles il ne se passe rien de particulier, dans d’autres il y a des fresques sexistes, d’autres franchement pornographiques. L’important nous semble être que les internes puissent en parler, que la parole soit libre sur ce sujet. Mais notre enquête montre une chose : ce n’est absolument pas dans ces lieux que les évènements rapportés sont les plus fréquents. La raison est simple : les principaux auteurs des agissements en sont des médecins et supérieurs hiérarchiques, qui ne vont donc pas dans ces internats ».

La paillardise carabine a donc (peut-être) encore une place dans une société débarrassée du sexisme…

Frédéric Haroche

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Vos réactions (6)

  • Salle de garde...

    Le 17 novembre 2017

    Je suis un ancien... J'ai connu des salles de gardes avec des fresques érotiques (Bobigny par exemple). Cela ne m'a jamais choqué, juste amusé.
    Une espèce d'humour contre cette pulsion de mort (je sais ce concept est peut être obsolète...) et remettre de la libido, dans un métier où on côtoie la mort régulièrement.
    L'humour, même la pornographie, à la défense du psychisme de ceux qui travaillent à l'hôpital...
    ,
    Dr S Scapa (ER).

  • Adieu carabin...

    Le 18 novembre 2017

    ...bonjour les carabines.

  • Du sexisme dans les statistiques ?

    Le 18 novembre 2017

    Nombre total des internes,
    Nombre de réponses,
    Pourcentage par genres
    Questions ouvertes?

    Dr Isabelle Gautier

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