Cannabis thérapeutique : une expérimentation en herbe

Paris, le lundi 18 octobre 2021 – Sept mois après son lancement, l’expérimentation du cannabis thérapeutique est encore en phase de rodage.

Ça plane pour eux. Ils sont 638 patients actuellement en France à bénéficier d’une prescription de cannabis thérapeutique, sous forme d’huile ou d’aérosol, dans le cadre d’une expérimentation menée par l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM). Lancée en mars dernier, cette expérimentation doit durer 24 mois, avant une évaluation extérieure par des chercheurs de l’Inserm en 2023.

L’étude vise à établir quels sont les effets du cannabis dans six indications différentes : les douleurs neuropathiques réfractaires, l’épilepsie pharmaco résistante, les spasticités douloureuses de la sclérose en plaque, les symptômes neuropathiques réfractaires, les soins palliatifs et les spasticités douloureuses hors sclérose en plaque.

70 nouveaux patients par mois

Les patients éligibles à l’expérimentation sont « recrutés » par des structures de référence volontaires, des centres de traitement de la douleur notamment. Si le patient l’accepte, il reçoit alors, au terme d’une première consultation, une prescription de cannabis thérapeutique de 28 jours. Il doit alors désigner un médecin généraliste ou un pharmacien volontaire pour renouveler sa prescription et également se rendre régulièrement à une consultation de suivi auprès de la structure ayant prescrit la première ordonnance.

780 patients au total ont participé à l’expérimentation depuis son lancement. On est donc encore loin de l’objectif de 3000 fixé au début de l’étude. Mais pour le docteur Nicolas Authier, chef du service de pharmacologie médicale au CHU de Clermont-Ferrand, qui avait lancé ce travail en mars, « le nombre de 3000 patients est assez empirique, ce n’est pas un objectif en soi ». En comptant les entrées et les sorties, environ 70 nouveaux patients intégreraient l’expérience chaque mois selon le docteur Caroline Semaille, directrice générale adjointe en charge des opérations de l’ANSM.

Des effets secondaires très fréquents

Si l’afflux de patients est encore relativement faible, les professionnels de santé semblent eux assez convaincus par le projet. Un total de 1154 médecins et pharmaciens se sont inscrits pour suivre une formation sur le cannabis thérapeutique. Petit bémol cependant pour les organisateurs de l’étude, les médecins généralistes sont pour l’instant moins nombreux que les pharmaciens à vouloir participer. Le Pr Authier espère assister à un « rééquilibrage en faveur des médecins traitants en 2022 ».

Autre problème pour l’expérimentation, les effets secondaires semblent assez fréquents. Au total, 638 patients ont rapporté des effets secondaires, dont 129 qui ont préféré quitter l’étude. Ces effets indésirables peuvent aller des céphalées aux insomnies en passant par des troubles gastro-intestinaux.

Encore en rodage, l’expérimentation a connu divers couacs dans ces premiers mois : problème de qualité des produits, modification de la formation des praticiens, délai d’attente trop long pour les patients, critères d’inclusion modifiés… Malgré ces difficultés, le Pr Nicolas Authier, qui a fait de la légalisation du cannabis thérapeutique son combat, est convaincu que le recours au cannabis médical sera généralisé « une fois l’expérimentation terminée ».

Quentin Haroche

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Vos réactions (8)

  • Efficacité ?

    Le 18 octobre 2021

    Une meta-analyse parue dans BMJ du 8 septembre 2021 10.1136/bmj.n1034, conclut a un bénéfice quasi-équivalent au placebo. A méditer

    Pr André Muller

  • Vous avez dit étude de qualité ?

    Le 18 octobre 2021

    "le nombre de 3000 patients est assez empirique" ?
    Etude ouverte sans groupe de comparaison ?
    Expérimentation menée par l’ANSM ?
    On croit rêver !
    La validité sera très limitée, quel que soit le résultat.

    La dernière étude (Crippa ci-dessous) de cette famille de molécule, en double insu versus placebo, est négative...
    Est-on devenu incapable de concevoir une étude de bonne méthodologie en France, surtout sur un sujet aussi sensible ?
    Le fait que fait "la légalisation du cannabis thérapeutique" soit le combat d'un homme est une très mauvaise raison de faire cette étude telle quelle.

    Crippa et al. Cannabidiol for COVID-19 Patients with Mild to Moderate Symptoms (CANDIDATE Study): A Randomized, Double-Blind, Placebo-Controlled Clinical Trial. Cannabis Cannabinoid Res. 2021 Oct 7. doi: 10.1089/can.2021.0093.

    Dr Gérard Loeb

    PS : J'ajoute le récent article ci-après, en double insu versus placebo, également négatif sur la douleur :

    Wang L, Hong PJ, May C, Rehman Y, Oparin Y, Hong CJ, Hong BY, AminiLari M, Gallo L, Kaushal A, Craigie S, Couban RJ, Kum E, Shanthanna H, Price I, Upadhye S, Ware MA, Campbell F, Buchbinder R, Agoritsas T, Busse JW. Medical cannabis or cannabinoids for chronic non-cancer and cancer related pain: a systematic review and meta-analysis of randomised clinical trials. BMJ. 2021 Sep 8;374:n1034. doi: 10.1136/bmj.n1034. PMID: 34497047.

  • Cannabis thérapeutique et circulation routière

    Le 19 octobre 2021

    Je suis surpris suite aux articles, de plus en plus nombreux et variés, sur le cannabis à visée thérapeutique, qu'aucune ligne n'aborde l'aspect légal de l'aptitude à la conduite automobile! Qu'en est-il d'un patient, de sa responsabilité sous prescription médicale de cannabis, responsable ou non d'un accidnt de la voie publique,victime ou non de l'AVP, tout en sachant que la recherche de stupéfiant par la police, gendarmerie ou structure hospitalière est de plus en plus systématique?

    Quant au cannabis récréatif, il est alarmant de voir s'installer, y compris dans nos petites villes, des "coffe shop"" qui profitent du laxisme et du flou étatique pour leurs installations. De plus en plus de sujets addicts vont circuler à pied, en engin motorisés...aux dépens des gens qu' ils vont croiser.

    Dr Ph.Herbert

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